Qu'il a du être
difficile d'être Win Butler en cette
fin 2006. Un premier album multi-platiné sous le bras (pour nos lecteurs
récemment de retour de mission orbitale : Funeral fut LA révélation
indépendante de 2005), une tournée tout aussi glorieuse qu'on présume
harassante et une signature sur une major ont vraisemblablement du mettre notre
homme sous pression à l'heure d'entamer l'enregistrement du deuxième Arcade Fire. On le serait à moins.
Alors pour décompresser un peu, avec l'argent récolté de par le monde, le Win
et sa petite troupe se sont achetés une belle grosse église dans leur ville de
Montreal. Histoire de retrouver un peu de sérénité...
Une fois leur église
aménagée en studio d'enregistrement (avec un gros orgue bien religieux et tout
au milieu), Win et ses amis se sont demandés avec qui faire un nouveau disque. Envisageant
d'abord de travailler sous la houlette du légendaire Bob Johnson (Mr Blonde on
Blonde de Dylan, Mr The Sound of Silence de Simon & Garfunkel, mais aussi Johnny Cash, et Leonard Cohen, excusez du peu...), Win et sa bande se sont dits que
finalement ils avaient fait le premier tout seuls, alors pourquoi ne pas
continuer comme ça ? Quand on est LE groupe dont tout le monde parle, on
peut se permettre à peu près tout, non ? Alors nos Canadiens se sont contentés
d'enrôler les ingénieurs Markus Dravs
(Björk, James, Brian Eno) et Scott Colburn (Animal Collective), pour
triturer les boutons pendant qu'ils enregistraient. Des manchots, quoi.
Reste à
savoir si cette décision autarcique était judicieuse... Il faut dire que les noms
prestigieux associés à Bob Johnson, en plus de faire mouiller le slip du fan
moyen de folk-rock à papa, auraient été loin de dénoter aux côtés de celui
d'Arcade Fire, tant ceux-ci évoquent une époque lointaine où la musique avait
encore ce côté bricolé et sauvage qui sied tellement bien à Butler & co.
Alors pourquoi se replier sur soi ? Par peur d'un pilotage trop évident de
la maison de disque ? Il est vrai que le succès attire les vautours, mais l'enjeu
ne justifiait-il pas le coup d'essai ?
Car c'est
sans doute là où le bât blesse ici. Là où Funeral, écrit dans une période d'émotion
intense au sein du groupe (suite aux décès de plusieurs de leurs proches),
jouait clairement la carte de l'extériorisation un peu foutraque et presque outrancière
d'un certain mal de vivre et de...
Vivement le nouvel Interpol en Juin :o)