Musique: Bill Callahan : Sometimes I Wish We Were an Eagle | K-web

Bill Callahan n'a jamais été un énergumène, un
fantasque trublion. Il n'a jamais été Axl Rose ou Noel Gallagher.
Confortablement abrité derrière son nom de scène Smog, il a brodé pendant deux décennies un rock-folk intimiste dans
une discrétion qui frisait le désir d'anonymat. Cela fait maintenant quelques
années qu'il signe ses nouvelles productions de son propre nom mais ce n'est
pas pour autant qu'il s'est départi de sa modestie de jeune ado souffreteux.
Tout est toujours très délicatement taillé dans le silence. Si à bien des
égards sa musique a toujours été assez innovante, ça a toujours été avec la
politesse d'un son qui s'excuse presque d'être là. Malgré tout Sometimes
I Wish We Were an Eagle (avec The Pains of Being Pure at Heart, le plus
beau titre neuneu de ce début d'année), suit l'évolution de son prédécesseur direct
(Woke on a Whaleheart, encore un
titre qui balance du lourd...), à l'orchestration passablement plus étoffée que
ses productions du millénaire passé, au son un peu plus Hi-Fi.


Par
contre, s'il y a une chose sur laquelle Callahan n'a jamais lésiné, et qui se
confirme ici de façon ô combien forte, c'est la confidence, corolaire somme
toute assez logique de son intimisme forcené. Mais, si au plus haut de sa
créativité cela donnait des pépites du genre  Knock
Knock ou Red Apple Falls, ici, ça
prend un coté carrément « émo »... Bill raconte à quel point il est
sombrement torturé parce qu'il a un passé chargé (Eid Ma Clack Shaw), à quel point la religion c'est mal parce
qu'elle fait tuer des gens (Faith/Void),
se compare à un oiseau sur une branche surpeuplée et inhospitalière (Too Many Birds). Tout sent un peu
tristement l'égo qui se regarde le nombril en se disant que « mon
Dieu ! on est quand même vachement malheureux ! » Le titre en
lui-même de l'album donne assez bien le ton du romantisme adolescent qui
imprègne le disque. On dirait David Berman qui aurait fait une overdose de
guimauve en regardant Titanic pour la centième fois après avoir relu les
malheurs du jeune Werther... Si la voix susurrante de Callahan n'a pas bougé,
ainsi que son sens certain pour tailler des mélodies accrocheuses, le cœur n'y
est pas vraiment et ce croisement raté du coté minimal du rock indie nineties
et d'un romantisme premier degré à la Arcade Fire (ou peut-être à la Antony and the Johnsons)
laisse une furieuse...

stalKer, K-web [kweb.be]
legende




Bill Callahan : Sometimes I Wish We Were an Eagle
note kweb

Label: Drag City
Date de sortie: 14/04/2009

Tracklist:
1. Jim Cain
2. Eid Ma Clack Shaw
3. The Wind and the Dove
4. Rococo Zephyr
5. Too Many Birds
6. My Friend
7. All Thoughts Are Prey to Some Beast
8. Invocation of Ratiocination
9. Faith/Void





Bill Callahan :
Sometimes I Wish We Were an Eagle

K!
Voir la K-id de Stalker
par stalKer
21-04-2009

I'm not there anymore


Bill Callahan n'a jamais été un énergumène, un fantasque trublion. Il n'a jamais été Axl Rose ou Noel Gallagher. Confortablement abrité derrière son nom de scène Smog, il a brodé pendant deux décennies un rock-folk intimiste dans une discrétion qui frisait le désir d'anonymat. Cela fait maintenant quelques années qu'il signe ses nouvelles productions de son propre nom mais ce n'est pas pour autant qu'il s'est départi de sa modestie de jeune ado souffreteux. Tout est toujours très délicatement taillé dans le silence. Si à bien des égards sa musique a toujours été assez innovante, ça a toujours été avec la politesse d'un son qui s'excuse presque d'être là. Malgré tout Sometimes I Wish We Were an Eagle (avec The Pains of Being Pure at Heart, le plus beau titre neuneu de ce début d'année), suit l'évolution de son prédécesseur direct (Woke on a Whaleheart, encore un titre qui balance du lourd...), à l'orchestration passablement plus étoffée que ses productions du millénaire passé, au son un peu plus Hi-Fi.

Par contre, s'il y a une chose sur laquelle Callahan n'a jamais lésiné, et qui se confirme ici de façon ô combien forte, c'est la confidence, corolaire somme toute assez logique de son intimisme forcené. Mais, si au plus haut de sa créativité cela donnait des pépites du genre  Knock Knock ou Red Apple Falls, ici, ça prend un coté carrément « émo »... Bill raconte à quel point il est sombrement torturé parce qu'il a un passé chargé (Eid Ma Clack Shaw), à quel point la religion c'est mal parce qu'elle fait tuer des gens (Faith/Void), se compare à un oiseau sur une branche surpeuplée et inhospitalière (Too Many Birds). Tout sent un peu tristement l'égo qui se regarde le nombril en se disant que « mon Dieu ! on est quand même vachement malheureux ! » Le titre en lui-même de l'album donne assez bien le ton du romantisme adolescent qui imprègne le disque. On dirait David Berman qui aurait fait une overdose de guimauve en regardant Titanic pour la centième fois après avoir relu les malheurs du jeune Werther... Si la voix susurrante de Callahan n'a pas bougé, ainsi que son sens certain pour tailler des mélodies accrocheuses, le cœur n'y est pas vraiment et ce croisement raté du coté minimal du rock indie nineties et d'un romantisme premier degré à la Arcade Fire (ou peut-être à la Antony and the Johnsons) laisse une furieuse impression de vacuité et de non-aboutissement. Les arrangements de cordes tirent assez souvent vers le pompier et font pencher très dangereusement les compos vers le mièvre. Et puis il y a encore ces textes d'une lourdeur qui plombent des chansons donnant parfois dans la facilité. À mettre au crédit de cet album néanmoins : une piste d'ouverture (Jim Cain) qui laissait augurer mieux et le joli All Toughts Are Prey to Some Beast qui assure tandis que Faith/Void clôture décemment les débats. Pour un résultat global hélas assez mitigé.

À la fin des années nonante, la musique de Bill Callahan, à son apogée, résonnait d'une pertinence toute particulière dans le paysage musical d'alors. Mais il suffit de penser que Pavement et Yo la tengo ont depuis passé le flambeau à Tv on the Radio et Animal Collective pour se rendre compte que le monde de la musique indépendante américaine a pas mal changé et progressé vers quelque chose de nettement plus bling-bling. À Neutral Milk Hotel ont succédé Grizzly Bear et Iron and Wine. Le lyrisme modeste et minimaliste sont peut-être passés de mode ou à réinventer. Ce que malheureusement Callahan échoue à faire avec son nouveau-né. Trop cruel, le renouvellement des générations ? Qui sait ? L'américain a de toute façon tout à fait l'air d'avoir intégré que la vie est dure et injuste. 



Moyenne des verdiKts:
4/5

Vos Kommentaires

K!
Voir la K-id de Kaboom!
Kaboom!
21/04/2009 11:21
3/5
Et pourtant, quelle voix... Un Callahan certes mineur mais je continue à être persuadé qu'il a encore en lui quelques chefs-d'oeuvre de la trempe de Knock Knock ou The Doctor Came at Dawn. Le dernier en date (le dernier Smog, A River Ain't Too Much to Love, très sous-estimé) n'est pas si vieux que ça (2005).
fabrice
22/04/2009 01:08
5/5
cette chronique est assez bidon, tout de même, notamment ce dernier paragraphe qui mélange tout et n'importe quoi 
parler de "romantisme adolescent" ou de "romantisme à la Arcade Fire" au sujet de Bill Callahan voilà qui peut aussi étonner... peut-être vous faudrait-il vous pencher avec un peu plus de sérieux sur le maniement (y compris ironique) d'une langue maitrisée comme peu en sont capables aujourd'hui (Callahan est du niveau d'un Cohen sur beaucoup de titres) 
comme le rappelle très justement Kaboom, A River Ain't Too Much to Love est un des meilleurs albums du musicien, tout comme ce dernier : je ne vois pas où est la baisse de régime, j'ai même plutôt le sentiment que Callahan est au sommet (ou à un des sommets) de son cheminement artistique, qu'il parvient aujourd'hui à combiner un songwriting moins austère à une exigence toujours intacte 
d'ailleurs, il est peu question de musique dans votre papier : les arrangements rpas vraiment anodins de Callahan, sa façon de travailler les formes établies (notamment le blues), voilà qui vous a échappé, manifestement
matador
13/05/2009 00:15
Beaucoup de jugements, même lucides (et ceci d'autant plus qu'en musique la lucidité n'est pas exactement la valeur suprême), restent dépendants d'un programme esthétique fondé par avance et peu susceptible d'évolutions et d'ajustements. Vous-même semblez peu enclins au "romantisme adolescent" - quand prend fin l'adolescence au fait? Est-elle mauvaise et improductive? -, à l'introspection malheureuse (que vous qualifiez de nombriliste) et à la mièvrerie. Mais d'une part, qu'est-ce qui est mièvre? La fin de Too Many Birds? (que vous n'avez pas cité dans vos morceaux préférés, ce dont je m'étonne car c'est de loin la chanson la plus impressionnante de cet album monotone). Dans le même ordre d'idée, qu'est-ce qui est pompier? Il nous faudrait un référent commun: si je pose que Muse est pompier, Callahan l'est-il encore? Et si oui, alors, qu'est-ce qui n'est pas susceptible de tomber dans le même travers? Ou, pour le dire autrement, si c'est cela être "pompier" ou "mièvre", est-ce encore un défaut? Ne faut-il pas appeler pompière toute musique sophistiquée?  
Je pense que beaucoup d'oreilles sans préjugés apprécieront les moments les plus arrangés, pour peu qu'elles soient sensibles à ce qui est immédiatement et sans second degré, sentimental. Le problème du disque vient justement de sa trop grande prudence.

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