Le jour où, dans les clubs, le
curare, plutôt que l’ecstasy, s’échangera sous le manteau, un nom – Circlesquare
– circulera sur toutes les lèvres, passera tel un sésame de bouches
engourdies en oreilles cyanosées. Pour l’heure, on en est loin, les excitants
gardent la cote et ce disque ne donne qu’une envie : investir son dernier
kopek dans un casque haut de gamme, s’isoler du monde en son hypnotique
compagnie, s’enfoncer dans un pouf pour ne plus en sortir. Renouer en d’autres
mots avec l’un de nos vieux passe-temps : la retraite sonique, l’autisme haute-fidélité.
Circlesquare, c’est du minimalisme
de la plus belle eau, un effet bœuf obtenu avec des moyens de crapaud nain : des
nappes étranges et lancinantes à la The Knife, des rythmes comateux
entre techno sonnée et rockabilly piégé par la banquise, quelques percus
spongieuses, quelques syllabes chichement lâchées d’une belle voix d’ours blanc
qui aurait un peu trop forcé sur la mélasse antitussive. Surtout, entre chaque
son, des crevasses profondes, des béances médusantes, à la contemplation
desquelles il est bien difficile de s’arracher, de vertigineux ravins au fond de
quoi l’on devine, plus qu’on ne le perçoit, le bouillonnement des infrabasses.
Puis, tel un Cupidon décochant des flèches de glace, l’irruption, au bout de
trois, quatre, cinq minutes, d’un gimmick – une slide cosmique (Dancers),
un ahanement mélodieux (Ten to One), un décompte choral sur
fond de cuivres ouateux (Bombs Away, Away) – qui, en loucedé, presque
imperceptiblement, de façon quasi subliminale, pousse ces leçons de danse
statique vers les plus hautes sphères de la pop.
Jeremy Shaw – Canadien de souche, Berlinois
d’adoption – applique à la musique électronique le même traitement implosif que
Low réserve au rock depuis quinze ans. Écouter Songs about Dancing
and Drugs, c’est se passer le film d’un électrochoc à un dixième de sa
vitesse : décélérées, les convulsions y deviennent des arabesques, l'ensorcelante signature d'un long et lent retour à la béatitude abrutie, à la léthargie des origines. Certes, Shaw n’est pas l’unique électronicien à imprimer
au thermostat des discothèques une rotation vers la gauche, ni même le premier
à oser des BPM à 1 chiffre (on pense beaucoup aux climats amniotiques de Tarwater
et...
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Label: !K7 / PIAS Tracklist: 1. Hey You Guys 2. Dancers 3. Timely 4. Music for Satellites 5. Ten to One 6. Bombs Away, Away 7. Stop Taking (So Many) 8. All Live But the Ending Circlesquare:
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