Rechercher un semblant de cohérence à l'évolution fantasque
des Liars relève inévitablement du
parcours du combattant, tant ces agités du bulbe semblent décidés, depuis 4
albums, à brouiller les pistes bien au-delà de toute logique terrienne. Une
démarche respectable de par son ambition et ses prises de risque mais qui se
révèle à bien des égards parfaitement indigeste. En effet, dans ce mælstrom d'expérimentations
musclées, d'influences aussi bigarrées que bizarroïdes et de grands écarts
permanents, il devient vite périlleux d'éprouver autre chose qu'une fascination
purement hypnotique, dénuée de plaisir, de quoi renvoyer l'auditeur interdit à
l'inconfortable position de simple papillon sous l'emprise d'une trop forte
luminosité.
Liars, premier album studio du groupe à ne pas porter de nom à
coucher dehors, semble à même de ramener un semblant d'ordre dans cette discographie
bordélique et hallucinée. De facture sobre et classique dans sa forme (les
morceaux oscillent entre 3 et 4 minutes), il reste, à la manière de ses deux
prédécesseurs, une véritable démonstration du goût prononcé de ses auteurs pour
les égarements et errances en tous genres, tout en s'orientant cette fois vers
des ambiances plus facilement accessibles. Exit donc les bidouillages d'électro
dérangée, les débauches de percussion, les chants incantatoires et influences
tribales façon Animal Collective ou kraut
rock. Cette fois, c'est du côté de l'early Sonic
Youth (Leather Prowler, What Would They Know), de Beck (Houseclouds), du trip hop
(Sailing To Byzantium) ou de la scène bruitiste anglaise des 80's, Jesus & Mary Chain en tête (Freak
Out, Pure Unevil) qu'il faut chercher comparaison.
En rangeant le jusqu'au-boutisme expérimental et les albums
« concept » au placard, les Liars
retrouvent un certain sens de l'efficacité absent de leurs productions depuis
l'excellent They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top,
summum punk funk de 2001. Un changement de cap salutaire, susceptible de
ranimer la flamme de la curiosité pour un groupe qui, à force d'éparpillement,
avait fini par perdre une partie de son auditorat en cours de route.
Plaster Casts Of Everything