Musique: Peter Bjorn & John: Seaside Rock | K-web

Mieux vaut être prévenu : si vous n’êtes pas pourvu d’un minimum de curiosité, s’il n’y a pas en vous la moindre trace d’indulgence, si la seule idée d’un Scandinave
qui soliloque sur un accompagnement musical minimaliste vous donne la chair de
poule, passez sans plus attendre votre chemin. Seaside Rock, en
effet, compte pas moins de trois monologues en suédois, historiettes
hermétiques qui forment l’épine dorsale d’un ensemble par ailleurs assez invertébré. Trois
histoires de littoral et d’ennui respectivement narrées, en un rugueux dialecte
local, par un saxophoniste de Norsjö, un papy de Vika et une coiffeuse de
Piteå. Je t’entends déjà, lecteur effronté : et pourquoi pas par un
proctologue d’Örnsköldvisk ? Seaside Rock étant ce qu’il faut bien
appeler un concept-album, rien, vois-tu, n'est laissé au hasard : ces improbables patelins n’ont pas été
choisis à l'aveugle, c’est dans ces bleds de bord de mer que les petits Peter
Bjorn & John ont élimé naguère le fond de leurs maillots fourrés. Oookééé.
En d’autres termes, s’il y en a qui espèrent dénicher le nouveau Young Folks
dans ce brol aussi foutraque qu’ésotérique, ils risquent de s’en retourner fort
marris : c’est un peu comme si Dany Boon décidait, pour son prochain film,
de faire réciter des discours de Michel Rocard en langue des signes à des danseurs nus. Puis de
passer le tout au ralenti. Y aurait de la déception dans l’air.


Et pourtant… aussi peu bandant soit-il sur le papier, Seaside Rock est
l’OMNI le plus attachant de la rentrée, une formidable descente de gentils vandales
dans la grande salle aux étiquettes de la musique pop. School of Kraut est
sans doute la clé du disque : à la fois fidèle et infidèle aux alléchantes promesses de son titre, ce titre propose du rock schleu, métronomique, implacable et hypnotique comme le meilleur Can… mais joué sur des instruments improbables, exotiques, du genre steeldrums. De la choucroute des Caraïbes, en
quelque sorte, du reggae en culotte de peau, Fujiya à Saint-Domingue. Et contre toute attente, ça fonctionne, la greffe prend, on en redemande. Le seul vrai concept, ici, semble consister à jouer divers styles bien aimés (kraut, pop, shoegazing, post-rock) sur des instruments rattachés à de toutes autres sphères (de la world au classique
en passant par le bal de village de...

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Peter Bjorn & John: Seaside Rock
note kweb

Label: Wichita / Cooperative Music
Date de sortie: 15/09/2008

Tracklist:
1. Inland Empire
2. Say Something (Mukiya)
3. Favour of the Season
4. Next Stop Bjursele
5. School of Kraut
6. Erik's Fishing Trip
7. Needles & Pills
8. Norrlands Riviera
9. Barcelona
10. At the Seaside





Peter Bjorn & John:
Seaside Rock

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K!
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par Kaboom!
09-09-2008

Young folks don't give a fuck


Mieux vaut être prévenu : si vous n’êtes pas pourvu d’un minimum de curiosité, s’il n’y a pas en vous la moindre trace d’indulgence, si la seule idée d’un Scandinave qui soliloque sur un accompagnement musical minimaliste vous donne la chair de poule, passez sans plus attendre votre chemin. Seaside Rock, en effet, compte pas moins de trois monologues en suédois, historiettes hermétiques qui forment l’épine dorsale d’un ensemble par ailleurs assez invertébré. Trois histoires de littoral et d’ennui respectivement narrées, en un rugueux dialecte local, par un saxophoniste de Norsjö, un papy de Vika et une coiffeuse de Piteå. Je t’entends déjà, lecteur effronté : et pourquoi pas par un proctologue d’Örnsköldvisk ? Seaside Rock étant ce qu’il faut bien appeler un concept-album, rien, vois-tu, n'est laissé au hasard : ces improbables patelins n’ont pas été choisis à l'aveugle, c’est dans ces bleds de bord de mer que les petits Peter Bjorn & John ont élimé naguère le fond de leurs maillots fourrés. Oookééé. En d’autres termes, s’il y en a qui espèrent dénicher le nouveau Young Folks dans ce brol aussi foutraque qu’ésotérique, ils risquent de s’en retourner fort marris : c’est un peu comme si Dany Boon décidait, pour son prochain film, de faire réciter des discours de Michel Rocard en langue des signes à des danseurs nus. Puis de passer le tout au ralenti. Y aurait de la déception dans l’air.

Et pourtant… aussi peu bandant soit-il sur le papier, Seaside Rock est l’OMNI le plus attachant de la rentrée, une formidable descente de gentils vandales dans la grande salle aux étiquettes de la musique pop. School of Kraut est sans doute la clé du disque : à la fois fidèle et infidèle aux alléchantes promesses de son titre, ce titre propose du rock schleu, métronomique, implacable et hypnotique comme le meilleur Can… mais joué sur des instruments improbables, exotiques, du genre steeldrums. De la choucroute des Caraïbes, en quelque sorte, du reggae en culotte de peau, Fujiya à Saint-Domingue. Et contre toute attente, ça fonctionne, la greffe prend, on en redemande. Le seul vrai concept, ici, semble consister à jouer divers styles bien aimés (kraut, pop, shoegazing, post-rock) sur des instruments rattachés à de toutes autres sphères (de la world au classique en passant par le bal de village de pêcheurs d'oursins).

Le disque dans son ensemble entretient par conséquent une sacrée dette envers tout un pan du rock libre dans sa tête, à commencer par cette fameuse scène allemande des années sous-pull. Mais l’oreille attentive percevra tout aussi bien l’écho insistant du post-rock islandais (Barcelona, instrumental friable et brumeux, très Mùm ou Sigur Rós), voire d’une certaine forme de terrorisme sonore (l’excellent Inland Empire est une drôle de relecture, au sax baveux, du Machine Gun de Portishead). Autre exploit : l’estampille PB&J, malgré le brouillage des pistes, demeure parfaitement identifiable. De ce foutoir émerge ainsi régulièrement une des mélodies rêveuses dont le trio s’est fait la spécialité, à commencer par ce Say Something (Mukiya) où le P.I.M.P. de 50 Cent est invité à visiter leur Amsterdam. On citera encore le long final épique et sifflé (on ne se refait pas) de Needles & Pills et At the Seaside, coda discret et enjoué, gai comme une carpe, muet comme un pinson.

Au bout du compte, Seaside Rock est un réjouissant pied de nez, un doigt rose à pois bleus dressé avec vigueur à la face de tous ceux qui attendaient la bande au tournant, le coup de force facétieux de musiciens hypercréatifs décidés à exploiter, plutôt qu’un fond de commerce qui leur tendait pourtant les bras, les possibilités offertes par une époque que la technologie commence tout juste à libérer des contraintes logistiques et du devoir de rentabilité (hormis une poignée de vinyles collectors, Seaside Rock est uniquement dispo en téléchargement). On n’est jamais très loin de la grosse blague, c’est sûr, et cependant l’on n’a cessé d'y revenir, ces dernières semaines, à cet album bancal et goguenard, ludique et dissipé. Au moment d’écrire ces lignes, le fan-club de Peter, Bjorn & John fond probablement à la vitesse d’une boule de vanille lâchée dans un bol de grog fumant mais il y a fort à parier que ceux qui garderont leur carte de membre trépignent déjà de découvrir la suite. Des Suédois, on n’attend plus désormais une pop supérieurement ficelée mais de folles aventures soniques, pas moins.

Et puis, personne ne viendra vous taper si les monologues vous décidez de zapper.



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