Je réécoutais
justement Dirty il y a peu. Album sorti en 1992, qui, lors de sa
découverte, avait été une sorte de choc instantané. Le genre de disque qui
tombe au bon endroit, au bon moment. Sonic Youth avait alors atteint le sommet
de la montagne. Dirty suivait les magiques Daydream Nation et Goo
dont on peut dire qu'ils avaient établi le son des new-yorkais.
Reconnaissance, respect et admiration pour le travail accompli depuis dix ans
étaient enfin au rendez-vous. Les Parrains du Grunge, comme on les
appelait alors, des intouchables. En 1992, Sonic Youth était simplement parfait
dans le décor. Comme le rappelle Kim Gordon dans une interview récente à un
mensuel parisien ami de quarante ans: «La prise de pouvoir des jeunes
artistes rock qui a eu lieu au carrefour entre la fin des années 80 et le début
des années 90 nous a donné le contexte dont nous avions besoin (...) Je ne
pense pas que Sonic Youth serait devenu une formation prise au sérieux s'il n'y
avait pas eu tous ces Nirvana, Hole, Pixies,... C'est l'époque qui nous a donné
notre pertinence.» Avant l'heure, c'est pas l'heure. Et après l'heure?
C'est toute la
question. L'époque actuelle donne-t-elle sa pertinence à Sonic Youth? Que peut-on
espérer des new-yorkais aujourd'hui que leur bruit blanc est accepté par
la communauté bien pensante? Car là se trouve le problème de Sonic Youth en
2009. Il ne s'agit pas ici de savoir si The Eternal est pertinent en
soi, mais s'il est subversivement pertinent.
Le fait est que The
Eternal regorge de très bons moments. A commencer par les brûlots Sacred
Trackster et Anti-Orgasm, ou What We Know et son gros riff
entraînant. Mais... Pour rester sur What We Know, justement, on ne peut
s'empêcher de penser que ce morceau aurait parfaitement eu sa place sur un Dirty...
Et qu'aujourd'hui, en 2009, ce titre, s'il est noble et réellement bien
foutu, ne s'éloigne en aucun cas du
cadre dont les new-yorkais ont eux-mêmes délimité les contours il y a vingt ans.
En fait, tout The Eternal sonne comme un Dirty (ou un Goo,
ou un Daydream Nation, à chacun son album, là n'est pas le propos...)
déployé avec vingt ans de retard, toujours fringuant et respectable, certes,
mais finalement assez convenu dans une époque qui voit éclore des Sunn O))),
des Brian Jonestown Massacre ou des Neurosis... La roue tourne. Qu'est-ce que
Sonic Youth peut bien apporter...