Musique: Swan Lake: Beast Moans | K-web

Sur
le papier, décrit avec quelques images habilement troussées et une poignée de
mots soigneusement sélectionnés, un disque comme Beast Moans aurait
tendance à séduire. On lancerait la grosse artillerie métaphorique, on
ouvrirait le coffret à épithètes, on parlerait d'onirisme lo-fi, de lyrisme
pré-apocalyptique, de maelström post-folk, d'aquarelle brossée à grands coups
de guitares fauves, d'orgues fous et d'écho grésillant... le pire, c'est qu'on ne
délirerait qu'à moitié, le disque demeurerait reconnaissable. La pochette est
assez belle, en plus, cette frêle silhouette bizarrement accrochée, luth en
main, à une falaise luxuriante, ce ciel jaune et rose, ça donne envie de se
mettre au lit, casque sur la tête, de fermer les yeux et de se laisser happer. Mais
l'on se réveille en sursaut quand Beast Moans apparaît pour ce qu'il
est vraiment : prétentieux, bavard et hermétique. Un exercice de style très
vain, qui, sous prétexte de partir à l'aventure, dérive sans boussole.


Le
pitch :


Musiciens
chevronnés et amis de longue date, trois Canadiens - Dan Bejar (le plus connu,
mini-star de l'underground nord-américain,
actif au sein de Destroyer et
des New Pornographers), Spencer Krug
(Wolf Parade et Sunset Rubdown, chouchous de Pitchfork) et Carey Mercer (Frog Eyes) - décident d'unir leurs
forces au sein de Swan Lake, un supergroupe super indé. Gribouillent
chacun de leur côté une poignée de « chansons » (en réalité, chacun
se contente de dégeler quelques embryons de compos mort-nées qu'il gardait au
frigo, entre deux lasagnes, au cas où). Se donnent rendez-vous dans
une bicoque paumée en rase campagne (air connu). Se livrent, à peine réunis, à
une longue séance de masturbation collective - traduc du titre : Gémissements bestiaux ; au moins,
c'est clair... - dont il ne sort au final que quelques gouttelettes de semence
âcre.


Ce
disque n'est pas long à dévoiler son (unique) secret de fabrication :
l'empilage de sons aléatoires au petit bonheur la chance... et advienne que
pourra ! On voit d'ici une partie de la critique indé - celle qui va faire
ses courses en t-shirt Animal Collective
- se pâmer devant ces morceaux qui ne ressemblent à rien, si ce n'est à la
superposition de deux, trois, quatre, cinq disques différents. On ne parle pas
ici des mille-feuilles soniques de TV On The Radio, de fusion festive
façon Avalanches, de...

Kaboom!, K-web [kweb.be]
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Swan Lake: Beast Moans
note kweb

Label: Jagjaguwar
Tracklist:
1. Widow’s Walk
2. Nubile Days
3. City Calls
4. A Venue Called Rubella
5. All Fires
6. The Partisan But He’s Got To Know
7. The Freedom
8. Petersburg, Liberty Theater, 1914
9. The Pollenated Girl
10. Bluebird
11. Pleasure Vessels
12. Are You Swimming In Her Pools ?
13. Shooting Rockets





Swan Lake:
Beast Moans

K!
Voir la K-id de Kaboom!
par Kaboom!
24-11-2006

Mauvais cygne


Sur le papier, décrit avec quelques images habilement troussées et une poignée de mots soigneusement sélectionnés, un disque comme Beast Moans aurait tendance à séduire. On lancerait la grosse artillerie métaphorique, on ouvrirait le coffret à épithètes, on parlerait d'onirisme lo-fi, de lyrisme pré-apocalyptique, de maelström post-folk, d'aquarelle brossée à grands coups de guitares fauves, d'orgues fous et d'écho grésillant... le pire, c'est qu'on ne délirerait qu'à moitié, le disque demeurerait reconnaissable. La pochette est assez belle, en plus, cette frêle silhouette bizarrement accrochée, luth en main, à une falaise luxuriante, ce ciel jaune et rose, ça donne envie de se mettre au lit, casque sur la tête, de fermer les yeux et de se laisser happer. Mais l'on se réveille en sursaut quand Beast Moans apparaît pour ce qu'il est vraiment : prétentieux, bavard et hermétique. Un exercice de style très vain, qui, sous prétexte de partir à l'aventure, dérive sans boussole.

Le pitch :

Musiciens chevronnés et amis de longue date, trois Canadiens - Dan Bejar (le plus connu, mini-star de l'underground nord-américain, actif au sein de Destroyer et des New Pornographers), Spencer Krug (Wolf Parade et Sunset Rubdown, chouchous de Pitchfork) et Carey Mercer (Frog Eyes) - décident d'unir leurs forces au sein de Swan Lake, un supergroupe super indé. Gribouillent chacun de leur côté une poignée de « chansons » (en réalité, chacun se contente de dégeler quelques embryons de compos mort-nées qu'il gardait au frigo, entre deux lasagnes, au cas où). Se donnent rendez-vous dans une bicoque paumée en rase campagne (air connu). Se livrent, à peine réunis, à une longue séance de masturbation collective - traduc du titre : Gémissements bestiaux ; au moins, c'est clair... - dont il ne sort au final que quelques gouttelettes de semence âcre.

Ce disque n'est pas long à dévoiler son (unique) secret de fabrication : l'empilage de sons aléatoires au petit bonheur la chance... et advienne que pourra ! On voit d'ici une partie de la critique indé - celle qui va faire ses courses en t-shirt Animal Collective - se pâmer devant ces morceaux qui ne ressemblent à rien, si ce n'est à la superposition de deux, trois, quatre, cinq disques différents. On ne parle pas ici des mille-feuilles soniques de TV On The Radio, de fusion festive façon Avalanches, de sutures géniales et invisibles à la DJ Shadow. Non, non, rien à voir : deux, trois, quatre, cinq disques, peu importe lesquels d'ailleurs, superposés le plus bêtement du monde. Des bouts de n'importe quoi soudés au chalumeau. Du folk psychiatrique antédiluvien, de vieux vinyles éraflés, de la guitare solo, une maquette de Syd Barrett, un CD de bruitages, une merde ambient, du drone-rock à la Spacemen 3... De la musique de carrousel légèrement accélérée « mixée » avec une méthode d'apprentissage pour piano et des enregistrements de soundchecks tout pourris (City Calls). Une basse new-wave caverneuse accolée à des clochettes sorties d'un livre-disque de Walt Disney (Pleasure Vessels). Etc. C'est beaucoup moins bien que ça en a l'air.

Si le premier tiers de l'album est franchement horrible, il faut avouer que la suite est un rien moins impénétrable, l'oreille finissant presque par s'acclimater. Et évidemment, c'est au moment précis où même les plus courageux viennent de couper le son et d'allumer la télé que Swan Lake se décide à se passer la tête sous le robinet et à y aller mollo sur l'expérimentation : la première éclaircie se nomme All Fires, une belle ballade acoustique, dérangée juste ce qu'il faut, complainte à la Will Oldham noyée sous des tonnes de reverb. Suivent de loin en loin quelques titres du même calibre - The Freedom, Are You Swimming In Her Pools? -, qui, à la réflexion, tranchent moins par leur qualité intrinsèque que par le répit qu'offre leur relative simplicité.

Au fond, on aurait voulu aimer ce disque. Mais on a le sentiment d'être tombé sur l'équivalent musical de ces illustrations qu'il faut fixer en louchant très, très fort, histoire d'en voir soi-disant surgir une forme tridimensionnelle. Vous savez : on scrute l'image pendant des heures, on se concentre jusqu'à la migraine, on persiste à n'y voir qu'un tas de formes confuses, on s'énerve et on laisse tomber avec une pointe de culpabilité. Peut-être Beast Moans finira-t-il par se révéler à celui qui trouvera la bonne distance pour l'écouter - ce dosage très zen, et inaccessible à la plupart d'entre nous, entre attention et abandon.

Mais l'impression finale reste celle, gênante, d'avoir assisté à une séance d'échangisme entre trois petit-bourgeois qui gagneraient à briser leur vase clos et à fréquenter d'autres gens, d'autres lieux et d'autres disques. L'on touche du doigt une des facettes les plus agaçantes d'un certain rock indépendant, souvent nord-américain, voire canadien, dont le côté face serait une vraie dynamique communautaire et le côté pile une propension fâcheuse à l'autocongratulation, se traduisant par la multiplication anarchique de side-projects qui n'intéressent que leurs auteurs. Alors qu'il n'y a pas si longtemps, ces parenthèses récréatives donnaient lieu à des disques fun et décomplexés (Ciccone Youth, The Rentals, Marble Valley, etc.), elles débouchent de plus en plus systématiquement sur des sommets de complaisance torchés à la va-vite par des artistes qui n'ont clairement pas le jus créatif pour faire rimer prolixité avec qualité.

 

Ecoutez All Fires ici



Moyenne des verdiKts:
3/5

Vos Kommentaires

crotte de nez
26/11/2008 21:20
5/5
je serais bien curieuse d'entendre tes compos personnelles... Je trouve beast moans PARFAIT. 
Aleksandr
27/09/2009 00:36
1/5
Bonjour! 
J'suis énervé quand je lis des chose comme ça , ou est le respect des artiste ?  
Ou est l'objectivité ?  
Comment tu peut dire "une merde ambient" avec une faute en plus, "tout pourris"  
Ta fait des albums toi ?  
Ta pas le droit de dire des chose comme ça, ces 3 personne sont des génies et tu te permet de critiquer, tu nous sort un album aussi bien que celui là ? Dès le début de ta pseudo critique tu traiter deja ces 3 personne de prétentieux, c'est pas sérieux, ta écouter le bon disque tu est sur ? 
Pfff.. 
Arrete les critique, va manger des pates..

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