Ca commence sur quelques
notes de piano que ne tarde pas à rejoindre la belle voix grave de Matt Berninger. Fake Empire, plage d'ouverture de l'album, résume à elle
seule tout ce que l'on aime chez The
National depuis Alligator (2005) :
une ambition décomplexée, un sens inné de la mélodie, une écriture dont on peut
littéralement palper l'émotion, une section rythmique hallucinante, une
structure savamment élaborée, une superposition de styles (une guitare qui
égrène gentiment une mélodie, un chant qui caresse et une batterie et une basse
aux rythmes syncopés).
Forte de ces fantastiques atouts, quelque part à la croisée entre le meilleur
de Tindersticks, Migala et Interpol, la musique de The National est une musique de la passion
et de l'obsession. Au fil des écoutes, Boxer n'a de cesse de vous en
mettre plein la vue, vous hante et ne vous donne qu'une seule envie :
l'écouter encore et encore et encore, afin de tenter d'en comprendre la moindre
subtilité, d'en saisir la fabuleuse alchimie. Mais les merveilles de Boxer,
comme autant de grains de sable touchés par la grâce, vous filent
inlassablement entre les doigts. Il est temps de sortir le sticker :
« Attention, album dangereux ! », car oui, Boxer est un album qui
vampirise, qui, tout là haut, fait le vide autour de lui, ne laissant aucune
chance à ses camarades de promotion. Tous les albums récents, aussi bons
intrinsèquement soient-ils, paraissent fades, dépenaillés et boiteux comparés à
sa superbe, et ne trouvent plus grâce à nos oreilles qui réclament encore et
toujours leurs doses répétées de The National.
De Fake Empire, qui vous met
instantanément sur les rotules, à Ada, sur lequel un certain Sufjan Stevens assure la partie piano, en
passant par le tendu et magnifiquement dissonant Mistaken
For Strangers (premier single), le fragile Green Gloves, le mid tempo Slow Show ou les faux airs de comptine pour enfants à la
beauté presque irréelle de Start A
War, The National distribuent les Klaques à tout va avec la grande grande classe internationale et signent,
haut la main, l'album le plus beau et le plus obsédant de ce premier semestre
2007. Tout simplement.
Mistaken For Strangers