Voir des choses incroyables fait partie du prestige du
festival de Cannes. La mode curieuse du jour dans la salle de presse internationale, c'est
de se masturber d'une main en tenant une feuille blanche
à quelques centimètres de son sexe. J'interroge un collègue qui met du cœur à
la besogne.
- Qu'est-ce qui te prend mon gars
?
- Bin ça se voit pas? je m'astique là.
- T'as pas honte gros porc, c'est l'un des
festivals les plus prestigieux au monde quand même et la feuille c'est
pour quoi ?
- Et bien si tu me laisses me concentrer encore deux minutes, tu
y trouveras bientôt mon article sur 24 CITY de Jia Zhang-ke, le seul film
chinois de la compétition. Sublime. La Palme en ce qui me concerne.
La Palme. Le mot est lâché. On peut l'entendre, le lire, partout sur la Croisette depuis ce matin. Et moi j'ai honte parce que j'étais à la projection officielle hier soir et que je n'en ai pas vu le bout d'une feuille.
Cannes, c'est tellement formidable pour un type
comme moi que j'y apprends chaque année des ficelles pour mieux faire mon travail comme les pros. Je suis toujours abassourdi par ces branques. Et c'est bien utile parce que en modifiant légèrement leur technique, j'ai pu écrire mon article dans les
chiottes du Palais en un rien de temps. Mon avis sur 24 CITY, il est moins sympa que le leur parce que mon papier sent la merde, mais je n'ai clairement pas compris où le
réalisateur chinois voulait en venir en mettant en scène un faux documentaire exactement comme les
vrais qu'on trouve quotidiennement sur Arte après deux heures du mat'. La
moitié de mon balcon a déserté la séance, mais pas parce que le film les
faisait chier non, juste parce que les témoignages misérabilistes des acteurs
étaient trop touchants, qu'ils étaient indignes des 12 reprises de standards de
la chanson folklorique chinoise par de vieilles folles édentées et qu'ils risquaient l'anémie à cause de l'intensité des inserts poétiques
entre deux fondus au noir qui faisaient saigner leur coeur ému. Trop beau en fait. Trop d'exaltation contemplative, des bus à prendre aussi, le temps qui se gâte et un chien malade à la maison je crois.
Après le bien plus méritant WALTZ WITH BASHIR, un second film de la compétition
triture les règles du documentaire pour livrer une œuvre de fiction,
probablement vaguement personnelle (déjà sélectionné...
|
24 CityChengdu, aujourd'hui. L'usine d'armement 420 et sa cité ouvrière modèle disparaissent presque entièrement pour laisser la place à un complexe d'appartements de luxe baptisé 24 City. Huit personnages issus de 3 générations, des anciens ouvriers aux nouveaux riches chinois évoquent tantôt la nostalgie du socialisme passé, tantôt les aspirations de réussites pour la jeune génération. A travers leurs témoignages, c'est l'histoire de la Chine que nous sommes censés distinguer, mais l'interstice se rétrécit et nos paupières sont lourdes, très lourdes... Made in China
Voir des choses incroyables fait partie du prestige du
festival de Cannes. La mode curieuse du jour dans la salle de presse internationale, c'est
de se masturber d'une main en tenant une feuille blanche
à quelques centimètres de son sexe. J'interroge un collègue qui met du cœur à
la besogne.- Qu'est-ce qui te prend mon gars ? - Bin ça se voit pas? je m'astique là. - T'as pas honte gros porc, c'est l'un des festivals les plus prestigieux au monde quand même et la feuille c'est pour quoi ? - Et bien si tu me laisses me concentrer encore deux minutes, tu y trouveras bientôt mon article sur 24 CITY de Jia Zhang-ke, le seul film chinois de la compétition. Sublime. La Palme en ce qui me concerne.
La Palme. Le mot est lâché. On peut l'entendre, le lire, partout sur la Croisette depuis ce matin. Et moi j'ai honte parce que j'étais à la projection officielle hier soir et que je n'en ai pas vu le bout d'une feuille.
Cannes, c'est tellement formidable pour un type
comme moi que j'y apprends chaque année des ficelles pour mieux faire mon travail comme les pros. Je suis toujours abassourdi par ces branques. Et c'est bien utile parce que en modifiant légèrement leur technique, j'ai pu écrire mon article dans les
chiottes du Palais en un rien de temps. Mon avis sur 24 CITY, il est moins sympa que le leur parce que mon papier sent la merde, mais je n'ai clairement pas compris où le
réalisateur chinois voulait en venir en mettant en scène un faux documentaire exactement comme les
vrais qu'on trouve quotidiennement sur Arte après deux heures du mat'. La
moitié de mon balcon a déserté la séance, mais pas parce que le film les
faisait chier non, juste parce que les témoignages misérabilistes des acteurs
étaient trop touchants, qu'ils étaient indignes des 12 reprises de standards de
la chanson folklorique chinoise par de vieilles folles édentées et qu'ils risquaient l'anémie à cause de l'intensité des inserts poétiques
entre deux fondus au noir qui faisaient saigner leur coeur ému. Trop beau en fait. Trop d'exaltation contemplative, des bus à prendre aussi, le temps qui se gâte et un chien malade à la maison je crois.
Après le bien plus méritant WALTZ WITH BASHIR, un second film de la compétition
triture les règles du documentaire pour livrer une œuvre de fiction,
probablement vaguement personnelle (déjà sélectionné en 2002 avec PLAISIRS INCONNUS, le réalisateur est jeune et mon prépuce à couper qu'il n'a jamais bossé dans une usine), mais qui est instantanément rattrapée par le contexte
géopolitique de la Chine. Mascotte attardée des J.O qui monte les marches, salut d'un régime qui ne peut que s'être incroyablement ouvert à la
modernité pour ne pas censurer une œuvre qui le critique à ce point (toute
relativité exagérément éveillée sur le point) et insupportable minute de silence durant la
conférence de presse en hommage aux victimes du séisme de Sichuan. Faut pas tout mélanger sinon on est tout aussi bons pour la tournée des condoléances dans les restaurants chinois. Tout ça pue l'amalgame et un certain Fahrenheit
à plein nez. 24 CITY est donc avant tout un film, mais je n'y suis jamais entré, excepté la fois où mes paupières ont lâché le cours de cette suite interminable d'entretiens pessimistes et que le son m'a entraîné dans ce rêve récurrent où il est question d'un groupe de moines de Shaolin qui m'invitent dans leur temple pour m'apprendre à briser des rails de chemin de fer avec ma tête. Putain d'hypocrisie cannoise où l'équipe monte les marches en Dior et
où le racisme entre badges de couleurs n'a jamais été aussi important. Vous
êtes accrédités par le festival, sapés comme James Bond, mais vous n'avez pas de
carton d'invitation ? Il reste des places dans la salle, mais restez bien derrière
les barrières les pouilleux parce qu'on ne partagera pas ce film avec vous. Bonjour
la mission de découverte d'un cinéma d'auteur et le respect d'une culture cinéphile
internationale !
Alors, t'es gentil Jia Zhang-ke et tu fais des belles images
digitales avec ta super caméra haute définition, mais tu serais au minimum venu
avec un truc sincère où les sentiments sont moins mis en scène, on aurait pu
te dire poliment, nous public, que tu n'avais pas ta place non plus dans ce
festival de cinéma. Là tu joues l'ambivalence, tu me racontes trop longuement
un truc qui ne m'intéresse absolument pas et tu m'énerves, alors je n'ai rien d'autre
pour toi que du brun sur un papier qui empeste. Mais Cannes reste formidable et cette
charité des organisateurs qui continuent de prouver chaque année que tout le
monde à sa chance au palmarès est tout simplement magique. A l'heure où le
foutre a remplacé l'encre que fait couler les films, le festival doit susciter
au moins autant de vocations qu'il n'en supprime. La faute à une intelligentsia
qui, toute imbue de son regard embué sur le Vrai Cinéma, finira par favoriser l'entrée d'un
J.T. tsunamiste ou du plus quart-mondiste des épisodes de Strip-Tease dans la
Sélection Officielle. Tenue de soirée exigée, mais si vous voulez être vraiment certain d'en
être, faites la queue dès maintenant !
|