Me voici déjà condamné
à vous décevoir. Ces mots, prononcés par Steven Soderbergh alors que l'édition 1989 du festival de Cannes lui
remet la Palme d'Or pour SEX, LIES AND VIDEOTAPES - son premier film - trouvent
un écho au même endroit, presque 20 ans plus tard. Venu présenter en
avant-première mondiale son biopic du Che Guevara provisoirement baptisé CHE
(qui sera distribué en salles en deux parties respectivement
intitulées THE ARGENTINE et GUERILLA), Soderbergh n'a littéralement pas fait
les choses à moitié. 268 minutes de projection en brut et sans générique. Entre
file, montée des marches, entracte et réanimation des neurones après la séance,
le festivalier y aura sacrifié sa journée.
Que ceux qui attendent une prestation époustouflante de Benicio Del Toro (qui doit son Oscar reçu pour TRAFFIC à Soderbergh) se
rassurent, l'acteur est né pour jouer le Che et, comme souvent, il crève l'écran.
Un rôle sur mesure aux antipodes des interprétations de Omar Sharif dans le
film de Richard Fleischer ou de Jsu Garcia dans le pathétique THE LOST CITY d'Andy
Garcia. Pas besoin d'avoir une épiphanie pour se rendre compte que l'acteur
portoricain était le seul choix de casting possible. Ceux qui, par contre,
attendent LE film qui percera l'aura de l'icône révolutionnaire risquent d'être
bien désappointés. Motivations, antécédents, vie personnelle et anecdotes les
plus célèbres sont toutes ou presque aux abonnées absentes des deux parties de
CHE. Il est à peine permis de parler de portrait tant ce diptyque se refuse d'aller
au-delà du visage que tout un chacun a pu voir bombé au pochoir sur un mur ou
imprimé sur une ligne de T-shirt à côté de la feuille de cannabis ou de l'effigie
polychrome de Bob Marley. L'approche, toute en sobriété, peut se justifier par
une certaine neutralité de point de vue, mais elle a de quoi susciter des questions légitimes
sur la durée du film. D'où vient Ernesto ? Comment est-il devenu le Che ? Quels étaient ses rapports avec Castro ? Son rôle crucial dans la crise des missiles cubains ? Sa relation avec sa
femme et ses 5 enfants ? Pourquoi était-il vu comme un monstre et un
assassin par ses détracteurs ? Ses peurs ? Ses exploits ? Sa réputation de théoricien intellectuel ? Son obsession pour l'écriture ? Son
entrée dans la légende ? Parfois vaguement effleurés, ces points ne sont
néanmoins jamais franchement soulevés dans un film qui se...
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Che
Vie et mort en deux actes de Ernesto Guevara dit Che, légende de la révolution cubaine, bras droit de Fidel Castro.
1ere partie : [THE ARGENTINE] suit le Che pendant la révolution de Cuba qui renversa le régime de Batista en 1959.
2e partie : [GUERILLA] retrace le parcours du Che en Bolivie où il tente de mener une révolution vouée à l'échec.
CHE est la somme de deux segments indissociables d'un tout, plus que celle de deux films. C'est sous ce titre que le projet complet a été projeté en avant-première mondiale durant le 61e Festival de Cannes. Cuál revolución ? Me voici déjà condamné
à vous décevoir. Ces mots, prononcés par Steven Soderbergh alors que l'édition 1989 du festival de Cannes lui
remet la Palme d'Or pour SEX, LIES AND VIDEOTAPES - son premier film - trouvent
un écho au même endroit, presque 20 ans plus tard. Venu présenter en
avant-première mondiale son biopic du Che Guevara provisoirement baptisé CHE
(qui sera distribué en salles en deux parties respectivement
intitulées THE ARGENTINE et GUERILLA), Soderbergh n'a littéralement pas fait
les choses à moitié. 268 minutes de projection en brut et sans générique. Entre
file, montée des marches, entracte et réanimation des neurones après la séance,
le festivalier y aura sacrifié sa journée.
Que ceux qui attendent une prestation époustouflante de Benicio Del Toro (qui doit son Oscar reçu pour TRAFFIC à Soderbergh) se
rassurent, l'acteur est né pour jouer le Che et, comme souvent, il crève l'écran.
Un rôle sur mesure aux antipodes des interprétations de Omar Sharif dans le
film de Richard Fleischer ou de Jsu Garcia dans le pathétique THE LOST CITY d'Andy
Garcia. Pas besoin d'avoir une épiphanie pour se rendre compte que l'acteur
portoricain était le seul choix de casting possible. Ceux qui, par contre,
attendent LE film qui percera l'aura de l'icône révolutionnaire risquent d'être
bien désappointés. Motivations, antécédents, vie personnelle et anecdotes les
plus célèbres sont toutes ou presque aux abonnées absentes des deux parties de
CHE. Il est à peine permis de parler de portrait tant ce diptyque se refuse d'aller
au-delà du visage que tout un chacun a pu voir bombé au pochoir sur un mur ou
imprimé sur une ligne de T-shirt à côté de la feuille de cannabis ou de l'effigie
polychrome de Bob Marley. L'approche, toute en sobriété, peut se justifier par
une certaine neutralité de point de vue, mais elle a de quoi susciter des questions légitimes
sur la durée du film. D'où vient Ernesto ? Comment est-il devenu le Che ? Quels étaient ses rapports avec Castro ? Son rôle crucial dans la crise des missiles cubains ? Sa relation avec sa
femme et ses 5 enfants ? Pourquoi était-il vu comme un monstre et un
assassin par ses détracteurs ? Ses peurs ? Ses exploits ? Sa réputation de théoricien intellectuel ? Son obsession pour l'écriture ? Son
entrée dans la légende ? Parfois vaguement effleurés, ces points ne sont
néanmoins jamais franchement soulevés dans un film qui se limite à une série d'actes
choisis, pas forcément les plus populaires, étalés à plat sur un banc de
montage avant d'être mollement agencés.
THE ARGENTINE [sortie belge le 18/02/2009] est,
surtout au début, difficile à suivre. Sans la moindre narration contextuelle,
le film a beau nous présenter le Che à diverses époques (au Mexique juste avant
son arrivée à Cuba en 1955, à plusieurs moments de la révolution jusqu'au coup
d'état réussi de 1959 et durant son passage à l'O.N.U en ce compris une
interview qu'il accorde à une journaliste new yorkaise en 1964), les détails
géopolitiques et même l'idéologie du personnage restent majoritairement traités
en surface voire complètement occultés. Au public d'en déduire les rudiments à
partir d'une ancienne conversation avec Fidel ou d'une accusation portée à partir
de la tribune de l'O.N.U. Premières longueurs. Un peu à la manière d'un LAWRENCE OF ARABIA, le Che, qu'il
soit blessé ou épuisé par son asthme dans la jungle, reste une figure distante.
Un leader qu'on est prié de respecter sans forcément comprendre. Requête
parfois difficile à exécuter quand ni lui ni l'audience ne semblent avoir de
plan stratégique pour renverser le régime de Batista. Sorte de prolongement
du DIARIOS DE MOTOCICLETA de Walter Salles qui témoignait de ses jeunes années,
le scénario puise plutôt sa matière dans les descriptions de ceux qui ont
fréquenté le combattant à l'époque où il est nommé Comandante par Fidel
Castro, mais bizarrement sa bravoure n'est jamais soulignée. A l'image des rares
scènes de guerre anti épiques, cliniquement dépourvues de la moindre tension, Che Guevara ne fait pas de démonstration d'héroïsme.
Il se contente d'être sur le terrain, de soigner, d'enseigner aussi. Curieux
modèle en somme. A la fin de ce segment, le Comandante à la tête de sa colonne
en route pour la dernière marche sur La Havane est carrément présenté comme un homme
juste qui méprise le mensonge, le vol et l'atteinte à la dignité humaine. Une
prise de position claire de la part de Soderbergh et pas forcément la plus
judicieuse en regard des faits historiques.
GUERILLA [sortie belge le 22/04/2009] débute en
1966 avec l'arrivée incognito du Che en Bolivie après qu'il ait démissionné de
ses fonctions au sein du gouvernement de Cuba. 7 années de blanc dans le
scénario justifiées par la disparition notoire du révolutionnaire qui a mené
une rébellion ratée au Congo dans l'intervalle. Point barre. Selon l'exceptionnelle narration explicative, placée en début de film, le restant de l'activité du Che
avant de quitter son poste de numéro 2 dans la dictature de Castro est un grand
mystère. Mais l'histoire, celle des livres, nous apprend que le flou ne se
limite en réalité qu'à l'année 1965. Le reste du temps renferme les actes de répressions
les plus violents de la vie du dirigeant communiste nommé notamment procureur
suprême, seul à décider des arrestations, tortures et exécutions de plus de 500
opposants au nouveau régime. Autant pour la neutralité de Steven Soderbergh, celle
qui nous promettait de filmer l'homme à travers ses actes, aussi mous du gland soient-ils et qui, par ses
omissions, pose soudain une prise de position politique forte et un jugement de valeur
hautement discutable. Durant les 15 minutes d'entracte, alors que le public est
occupé à se dégourdir les gambettes sur fond de musique allegro cubaine, le Che
se comporte en despote expédiant un simulacre de justice à peine évoqué dans
le film. Deux personnes reprochent au Che d'avoir fusillé un membre de leur
famille, lui-même l'affirme devant la communauté internationale et au milieu de
la jungle, nous assistons tout au plus à une cour martiale sommairement mise en
place pour un violeur et deux pilleurs renégats. Pas d'image marquant les
esprits cependant et si on mesure l'ampleur du projet, surtout vis-à-vis de sa forme
peu pressée, la manipulation dérange. GUERILLA porte les marques de la défaite
d'une révolution imposée à un peuple qui n'en veut pas, pourtant, les
différences stratégiques avec la première partie sont inexistantes. L'impression
d'une guerre menée avec rien et des d'effectifs réduits dans la désorganisation
la plus complète ressort des deux segments et les scènes sont pratiquement
interchangeables à condition d'admettre que les boliviens ressemblent quand même fort aux cubains en dehors de l'un ou l'autre caméo qui font leur apparition. Lou Diamond
Phillips, Franka Potente, Matt Damon. Des visages plus que des rôles vraiment. Malgré
une prestation plus qu'honorable, même Fidel Castro (Demian Bichir) s'efface à
côté du Che, la faute peut-être à une présence à l'écran réduite au strict
minimum. Choix discutable. Encore une fois. On comprend dès lors que le film ne
tentera pas de soulever la moindre polémique sur les rapports réputés tendus
entre les deux héros de la révolution. Une ligne de dialogue prononcée par une
tierce personne se contentera de comparer la situation du Che en captivité avec
celle de Fidel déjeunant dans un hôtel luxueux de La Havane pour en suggérer l'ironie. La réalité historique semble de nouveau mise à part dans le tri des
images. Après sa mort, la dépouille du Che est évacuée en hélicoptère. Le
cadavre allongé sur une table et exposé à la presse internationale dans un
hôpital de Villegrande n'est pas évoqué. La longue hésitation de Mario Teran, le
soldat chargé de l'exécution, non plus. Aucune information sur les suites de sa
mort. La polémique autour des commanditaires. Sur son héritage constamment controversé. Rien. Un traitement toujours aussi sobre.
Cohérent avec le reste du film, mais relativement ennuyeux et dénué d'émotions. Peu de choses longuement dites finalement.
Techniquement, CHE donne l'occasion à Steven Soderbergh de
tirer le meilleur de son outil. Les images filmées en haute définition
numérique - par souci d'économie, mais également d'expérimentation avec la fameuse RED One - parviennent à faire oublier n'importe quel
35 MM standard, mais pour être honnête, on est en droit de regretter un
résultat plus concis, qui aurait été tourné par le même réalisateur avec la photographie
soignée à laquelle il nous a habitués sur pellicule. Il n'en demeure pas moins que son CHE est de toute façon trop long pour le traitement résolument non dramatique qu'il lui applique. Ce n'est pas un secret,
Steven Soderbergh travaille vite et ici, ça se sent. Il est peut-être temps de lui rappeler que les entreprises
d'une telle envergure suscitent généralement une attente toute aussi importante et que,
lorsqu'on n'en tient pas vraiment compte, aujourd'hui comme il y a 20 ans, on
est effectivement condamné à décevoir...
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