Tony Scott est un
cador et on l'aime bien, le
p'tit frère à Ridley !
Non seulement parce
qu'il a une filmographie aussi étrange que déjantée, mais surtout parce qu'un
gars pouvant naviguer entre le grand n'importe quoi (The Fan, Days Of Thunder) et l'extase absolue (True Romance) ne peut être considéré
que comme un visionnaire. Plus qu'un réalisateur,
Tony Scott est un expérimentateur, un véritable maniériste du cinéma pour qui
la forme prime souvent sur le fond. Voir pour ça Domino, grand vide sidéral cinématographique
mais véritable laboratoire de recherche. Ovni filmique poussant au paroxysme
tous les tics que Scott a pu développer, uppercut visuel qui a dû en laisser
plus d'un sur le cul.
Alors, quand ce
grand chien fou retrouve celui qui fut son mentor et maître dans les années 80
et 90, le chantre du bon goût, l'homme pour qui cinéma rime avec épilepsie,
le Randolph Hurst de l'entertainment -
je veux parler de ce génie de Jerry Bruckheimer (The Rock, respect !), on se doute que nos neurones seront
envoyés au Club Med' pour laisser nos sensations primaires prendre le dessus.
Les deux hommes ont
été réunis pour la première fois sur le tournage de Top Gun, en 1985 : coup fumeux et fumant qui a vu la
transformation d'une commande propagandiste pro-Navy en une gaudriole multicolore
clipesque devenue avec le temps une véritable icône gay et super Jackpot ! Les compères
remettent le couvert une année plus tard en faisant décoller la franchise Beverly Hills Cop.
Rien à dire, nos lascars ont su
amener l'entertainment mainstream au
pinacle. Jusqu'au jour où Scott, en quête d'une certaine légitimité, a préféré
prendre du recul. De son côté, Bruckheimer,
ayant toujours pensé que le cinéma, c'était avant tout des « MuthaFuckers »
explosant Ferraris et tronches sans préférences chronologiques, s'est découvert
un nouveau disciple, voire un frère jumeau (il y a en effet une certaine ressemblance
physique entre les deux hommes), en la personne de Michael « Kick ass »
Bay. À Scott de devenir une sorte d'alibi intellectuel pour Bruckheimer... Huit années après Enemy Of The State, c'est avec un certain
plaisir coupable d'ados que les deux grands gamins se retrouvent, mais hélas,
avec un cumul des cahiers des charges !
Le pitch de DEJA VU est à la fois simple et
compliqué, voire absurde.
Une brigade
spéciale du FBI a mis au point une...
|
Déja vuLe Mardi gras, la Nouvelle-Orléans est frappée par une nouvelle catastrophe, mais celle-ci n'est pas naturelle cette fois : un ferry transportant de nombreux marins et leurs familles est victime d'un terrible attentat. Doug Carlin, agent de l'ATF à la tête de l'enquête, est contacté par une cellule dissidente du FBI dirigée par des scientifiques qui ont mis au point une technologie permettant de voir ce qui s'est déroulé quatre jours avant un événement donné. À eux de trouver les indices pour identifier les auteurs de l'attentat ! Oops I did it again...Tony Scott est un cador et on l'aime bien, le p'tit frère à Ridley !
Non seulement parce
qu'il a une filmographie aussi étrange que déjantée, mais surtout parce qu'un
gars pouvant naviguer entre le grand n'importe quoi (The Fan, Days Of Thunder) et l'extase absolue (True Romance) ne peut être considéré
que comme un visionnaire. Plus qu'un réalisateur,
Tony Scott est un expérimentateur, un véritable maniériste du cinéma pour qui
la forme prime souvent sur le fond. Voir pour ça Domino, grand vide sidéral cinématographique
mais véritable laboratoire de recherche. Ovni filmique poussant au paroxysme
tous les tics que Scott a pu développer, uppercut visuel qui a dû en laisser
plus d'un sur le cul.
Alors, quand ce
grand chien fou retrouve celui qui fut son mentor et maître dans les années 80
et 90, le chantre du bon goût, l'homme pour qui cinéma rime avec épilepsie,
le Randolph Hurst de l'entertainment -
je veux parler de ce génie de Jerry Bruckheimer (The Rock, respect !), on se doute que nos neurones seront
envoyés au Club Med' pour laisser nos sensations primaires prendre le dessus.
Les deux hommes ont
été réunis pour la première fois sur le tournage de Top Gun, en 1985 : coup fumeux et fumant qui a vu la
transformation d'une commande propagandiste pro-Navy en une gaudriole multicolore
clipesque devenue avec le temps une véritable icône gay et super Jackpot ! Les compères
remettent le couvert une année plus tard en faisant décoller la franchise Beverly Hills Cop.
Rien à dire, nos lascars ont su
amener l'entertainment mainstream au
pinacle. Jusqu'au jour où Scott, en quête d'une certaine légitimité, a préféré
prendre du recul. De son côté, Bruckheimer,
ayant toujours pensé que le cinéma, c'était avant tout des « MuthaFuckers »
explosant Ferraris et tronches sans préférences chronologiques, s'est découvert
un nouveau disciple, voire un frère jumeau (il y a en effet une certaine ressemblance
physique entre les deux hommes), en la personne de Michael « Kick ass »
Bay. À Scott de devenir une sorte d'alibi intellectuel pour Bruckheimer... Huit années après Enemy Of The State, c'est avec un certain
plaisir coupable d'ados que les deux grands gamins se retrouvent, mais hélas,
avec un cumul des cahiers des charges !
Le pitch de DEJA VU est à la fois simple et
compliqué, voire absurde.
Une brigade spéciale du FBI a mis au point une technologie permettant de visionner le passé, plus précisément de voir tout ce qui s'est déroulé quatre jours et quelques heures avant un moment donné. Et d'observer n'importe qui et n'importe quoi dans un périmètre limité. Ainsi, Doug Carlin, agent de l'ATF, et ses amis du FBI sont en mesure d'arrêter un terroriste, sans toutefois avoir pu l'empêcher de passer à l'acte... un peu comme dans un Minority Report (Déjà vu hum ?).
Mais, la petite
histoire dépassant la grande, c'est via le passé d'une jeune fille dont le
corps a été retrouvé après l'attentat que nos agents vont remonter la piste du
terroriste. On sent que Bruckheimer a un concept... le tout enrobé de ses
gimmicks : poursuites, explosions et p'tites pépés ass banging & shit...
et après ? Quoi après ? Ce genre de question est réservée aux
suites non ? pourquoi s'en préoccuper maintenant. Alors après rien. Rien du
tout.
Faire appel à Scott
pour développer le film, c'est faire appel à un homme à la fois auteur, yesman et
action maker, mais aussi un réalisateur dont l'œuvre suit depuis quelques années
une sorte de fil rouge...Tony Scott semble en effet se poser pas mal de questions
sur son propre métier, sur sa condition de créateur d'image et sur un monde de
plus en plus esclave de celle-ci. Image vraie, image tronquée... le tout arrimé à
une époque qui a de plus en plus de mal à discerner le vrai du faux et le bien
du mal.
Thématique débutée avec Enemy Of The State (nous sommes surveillés... le faux devient vrai et vice versa) et Spy Game, puis développée dans Domino (manipulation des médias omnipotents et omniprésents) et enfin dans ce DEJA VU dans lequel Scott utilise un scénario assez maigre pour étoffer sa « thèse ». Ici aussi, nous sommes observés. Toutefois, le réalisateur va encore plus loin que dans Enemy Of The State : nous sommes observés et l'observatoire se trouve quatre jours dans le futur (sick muthafuckers !)
Scott démontre par
là même que nos actes ne peuvent être motivés que par quelque chose de tronqué,
de non naturel. Que le destin, le hasard n'existent pas et que seuls les hommes
et la technologie (généralement un modèle déviant des médias) peuvent modifier
nos actions... Voir pour ça cette
séquence extraordinaire dans laquelle l'équipe d'enquêteurs observe pendant de
longues minutes une future victime de l'attentat dans sa vie quotidienne.
Mise en abîme du voyeurisme latent de notre société et ultime real TV, celle qui filme notre quotidien à notre insu plus au courant que nous-mêmes sur le cours immédiat de notre propre vie. Le spectateur assis dans la salle observe les agents qui, depuis leur base, visionnent un quotidien sans intérêt... Scott pousse son développement mais le rend hélas totalement inintéressant vu le statisme de la séquence et son manque d'intérêt visuel. Du non-cinéma !!! Un comble pour une collaboration Scott/Bruckheimer... et les illustration de cette vacuité sont innombrables.
Seule une séquence
sort du lot : une poursuite entre un Hummer et un pick-up (normal vu le CV
des deux zozos, une jalousie entres les poulains Scott et Bay qui a déjà fait
joujou avec un Hummer dans une scène choc de Bad Boys 2), qui a la
particularité de se dérouler sur deux horizons temporels : Clay poursuit un
véhicule qui a emprunté la route quatre jours plus tôt... En gros, il poursuit,
le jeudi, un véhicule roulant le lundi. Bien sûr la circulation pose problème... Difficilement
explicable mais visuellement assez réussi (à croire que le scénario a été écrit
autour de ce concept assez fou !).
Malheureusement, toutes
les tentatives fun de paradoxe temporel qui auraient pu voir le jour semblent
tuées dans l'œuf et le film, dans sa deuxième partie, quitte la route en
choisissant le raccourci du voyage dans le temps et de perdre ainsi toutes les
idées esquissées dans la première partie.
Le tout est porté
par une distribution pour le moins hors de propos... Washington la joue Washington
(rien à voir avec son interprétation hard
boiled de Man On Fire, du même Scott); Val Kilmer a la motivation d'un travailleur
d'intérêt général et Caviezel en roue libre roule des yeux et cabotine.
Au final, DEJA VU est trop mou pour être un vrai Bruckheimer
et pas assez abouti pour être un vrai Scott. On ressent à la sortie cette
impression d'absence de saveur d'un film qui aurait pu décoller, mais qui finit
par s'écraser dans la banalité.
Il reste à espérer le
renouvellement dans le cinéma d'action d'un Bruckheimer qui devrait, lui aussi,
examiner son passé pour nous ôter cette impression de... déjà vu (wouahhhh, ça, personne ne va le rater !).
|