Cinéma: Inland Empire | K-web

Un type entre dans un bar désert un peu avant la fermeture. Il s'assied au
comptoir et le garçon s'empresse de prendre sa commande, mais l'homme
l'interrompt sèchement. « Chut ! écoute... » le garçon tend
l'oreille, mais n'entend rien. Il se concentre 5 secondes de plus et là un
bruit assourdissant retentit à l'extérieur du bar. Un choc frontal  et violent entre deux véhicules. Le garçon est
étonné. « Sacrée intuition ! Le verre suivant est pour moi. »
Les deux hommes descendent ensemble quelques verres et l'homme s'écrie
soudain : « Téléphone ! ». Le garçon est interloqué, écoute
à nouveau et au moment où il vérifie son portable retentit la sonnerie du
téléphone du bar. « Mais comment saviez-vous ? » L'homme sirote
toujours, nonchalant. « Décroche, c'est ta femme ». Le garçon s'exécute
et la voix inquiète de son épouse lui demande s'il n'est pas impliqué dans
l'accident, cause probable de son retard au foyer tout proche. Le garçon est troublé.
Il raccroche. « Comment est-ce possible ? » « C'est un don
que j'ai. Je peux prédire les choses 10 secondes avant qu'elles se produisent.
Tu aimerais avoir ce talent toi aussi ? » Le garçon s'imagine déjà
quitter ce job ingrat pour une carrière dorée dans les Casinos de Vegas et
s'empresse d'acquiescer. « Ca tombe bien, je n'ai pas d'argent pour payer
mes consommations alors je vais t'apprendre mon tour. Ferme le bar » Le
garçon ferme porte et volets. « Baisse ton pantalon » Le garçon, un
peu gêné, n'hésite pas longtemps. « Même le
slip ? » « Surtout le slip ! Ensuite mets toi à quatre
pattes » A poil et au sol, le garçon regarde l'homme vider son verre puis
le contourner. Lorsqu'il entend le cliquetis d'une boucle de ceinture derrière
lui, il demande : « vous n'allez quand même pas
m'enculer ? » et l'homme de répondre calmement : « Dans 10
secondes, mais c'est bien, ça commence à venir... »


C'est une histoire que je raconte souvent et c'est à elle que j'ai pensé en
sortant d'INLAND EMPIRE parce que mes fesses me faisaient un peu souffrir et
pas seulement à cause des sièges mal adaptés de la salle dans laquelle je
venais de me faire mettre pendant presque 3 heures. On en veut à David Lynch,
ne fut-ce que pour l'impossibilité désormais de se déclarer inconditionnel de
ses films. Et pour quelqu'un qui a été transporté par LOST...

domeniKo, K-web [kweb.be]
legende




Inland Empire
note kweb

Sortie: 07/02/2007

Durée: 172 min

De: David Lynch

Avec: Laura Dern, Justin Theroux, Jeremy Irons, Grace Zabriskie, Harry Dean Stanton
Et: Ben Harper mort saoul qui fait semblant de jouer du piano...




Inland Empire

A woman in trouble...
K!
Voir la K-id de domeniko
par domeniKo
12-02-2007

Faut-il Lyncher cet homme ?


Un type entre dans un bar désert un peu avant la fermeture. Il s'assied au comptoir et le garçon s'empresse de prendre sa commande, mais l'homme l'interrompt sèchement. « Chut ! écoute... » le garçon tend l'oreille, mais n'entend rien. Il se concentre 5 secondes de plus et là un bruit assourdissant retentit à l'extérieur du bar. Un choc frontal  et violent entre deux véhicules. Le garçon est étonné. « Sacrée intuition ! Le verre suivant est pour moi. » Les deux hommes descendent ensemble quelques verres et l'homme s'écrie soudain : « Téléphone ! ». Le garçon est interloqué, écoute à nouveau et au moment où il vérifie son portable retentit la sonnerie du téléphone du bar. « Mais comment saviez-vous ? » L'homme sirote toujours, nonchalant. « Décroche, c'est ta femme ». Le garçon s'exécute et la voix inquiète de son épouse lui demande s'il n'est pas impliqué dans l'accident, cause probable de son retard au foyer tout proche. Le garçon est troublé. Il raccroche. « Comment est-ce possible ? » « C'est un don que j'ai. Je peux prédire les choses 10 secondes avant qu'elles se produisent. Tu aimerais avoir ce talent toi aussi ? » Le garçon s'imagine déjà quitter ce job ingrat pour une carrière dorée dans les Casinos de Vegas et s'empresse d'acquiescer. « Ca tombe bien, je n'ai pas d'argent pour payer mes consommations alors je vais t'apprendre mon tour. Ferme le bar » Le garçon ferme porte et volets. « Baisse ton pantalon » Le garçon, un peu gêné, n'hésite pas longtemps. « Même le slip ? » « Surtout le slip ! Ensuite mets toi à quatre pattes » A poil et au sol, le garçon regarde l'homme vider son verre puis le contourner. Lorsqu'il entend le cliquetis d'une boucle de ceinture derrière lui, il demande : « vous n'allez quand même pas m'enculer ? » et l'homme de répondre calmement : « Dans 10 secondes, mais c'est bien, ça commence à venir... »

C'est une histoire que je raconte souvent et c'est à elle que j'ai pensé en sortant d'INLAND EMPIRE parce que mes fesses me faisaient un peu souffrir et pas seulement à cause des sièges mal adaptés de la salle dans laquelle je venais de me faire mettre pendant presque 3 heures. On en veut à David Lynch, ne fut-ce que pour l'impossibilité désormais de se déclarer inconditionnel de ses films. Et pour quelqu'un qui a été transporté par LOST HIGHWAY (« Dick Laurent is dead » en sonnerie sms pendant près d'un an !), subjugué par MULHOLLAND DRIVE (des heures passées à imposer des théories sur des forums de déséquilibrés mentaux) et complètement passionné par l'univers de TWIN PEAKS (vous aussi, construisez votre Black Lodge à la maison !), c'est quelque chose qui n'est pas facile à admettre. C'est un viol consentant, sorte de paradoxe Lynchien. On a fait confiance. Tout excité par ce qu'on connaît du bonhomme. On tient bon et on avale tout. On reste jusqu'à la fin à espérer que tout rentre dans l'ordre, incapable de concevoir que le bizarre puisse déboucher sur un océan qui fouette le sordide n'importe quoi !

Parti d'un pilote de série refusé avec MULHOLLAND DRIVE, Lynch recycle encore en récupérant cette fois son court métrage RABBITS réalisé en 2002 (des personnages avec des têtes de lapins dans une pièce qui s'expriment avec les voix de Laura Harring et Naomi Watts, les deux égéries de son film précédent) pour l'intégrer plic ploc entre une Laura Dern qui se mange une pèche bourrée par un rustre polak et un plan de cache-toi-là-je-vais-te-filmer-dans-un-couloir-sombre. Dans INLAND EMPIRE (titre prononcé une seule fois dans le film sans aucune raison particulière), les noirs sont gris et ce n'est pas pour faire de la métaphore à deux balles. Les noirs sont gris parce que le film est tout pourri et entièrement filmé en DV tantôt par un grand Lynch qui cadre gros sur des visages inquiétants style Grace Zabriskie (TWIN PEAKS, BIG LOVE), mais plus souvent par des demi-débiles incapables de gérer le focus ou le grain de leur image ainsi cachetonnée du label « cinéma d'auteur » qui permet de chier dans un bol et de prouver que c'est du riz. Ne pas comprendre un film de Lynch n'a jamais été un obstacle à son appréciation ni même à sa re-vision. Un deuxième passage rassuré par le filet d'une cohérence intelligente et artistique ludiquement cachée dans le son et les images. INLAND EMPIRE est l'exception qui confirme la règle. Comme si Lynch avait voulu réaliser le film que certains l'ont accusé d'avoir commis à maintes reprises par le passé. Certains l'interpréteront comme ça et lui pardonneront. D'autres y verront plutôt une insulte après près de 5 années d'attente et une bande annonce qui parvient à faire saliver. C'est moche. C'est long. Il n'y a pas d'histoire ou très peu parfois. Les acteurs sont douteux (les polonais en tête, le gros pouff avec ses lunettes de travers...) ou des parodies d'eux-mêmes (Justin Théroux qui rejoue Mulholland ou Laura Dern -Lula Forever- qui cristallise un air perturbé du début à la fin). On s'ennuie. On attend. On compte sur les doigts de sa main les plans réussis dans des scènes redondantes, inutiles, improvisées... on reste parce que c'est Lynch.

Une des explications extrapolée du titre vient peut-être d'un réalisateur en roue libre qui implose à coup d'autoréférences en rafale qui s'arrêtent à la surface de l'introspection. Comme si l'autobiographie n'était simplement qu'une biographie racontée par un singe, un mécréant. Rideaux rouges, chanson à la Silencio, lampadaire polymorphe qui remplace le cendrier en forme de piano, un couloir qu'on croirait déboucher dans la chambre à coucher de LOST HIGHWAY, un dédoublement qui passe par une boucle (Laura Dern dans le décor du film comme Bill Pullman dans l'interphone), un casting familial (Harry Dean Stanton, Justin Theroux, Laura Dern, Grace Zabriskie, etc), les scènes de RABBITS, une pause café quasi rituelle qu'on retrouve aussi bien dans TWIN PEAKS que dans MULHOLLAND DRIVE, une perruque blonde, le film dans le film, etc. Tout ce qu'il faut comme clichés pour clouer Lynch au pilori. Pour un tel formaliste, l'aspect crapuleusement dégradé des images est une honte sans excuses (voir ce que Michael Mann arrive à faire avec le même matériel) et pour un magicien des ambiances sonores, l'absence d'Angelo Badalamenti équivaut à faire ses tours à poil avec une baguette cachée dans le cul ! Le zéro est souligné par le vide du montage pour lequel Lynch s'est également passé de sa comparse Mary Sweeney (uniquement productrice sur le film). Reste un ensemble de choses grasses collées ensembles sans le moindre raffinement et sans les élémentaires restrictions (d'où la durée du film). Le résultat est baroque. Il laisse perplexe, mais il est nul, mal écrit et scandaleusement présenté. En abusant son public de la sorte et en lui confirmant dans le générique de clôture (climax détaché d'une fête où le casting et les caméos s'amusent d'un petit singe auquel on s'identifie), Lynch prouve d'une part qu'il est complètement libre et d'autre part qu'il n'est pas forcément un réalisateur génial. Avant, le regard sur son cinéma était blanc ou noir, aujourd'hui il faut faire avec la nuance de gris qui met tout le monde d'accord.

                                                   Mieux que le film, le trailer... 



Moyenne des verdiKts:
1/5

Vos Kommentaires

K!
Voir la K-id de Kaboom!
Kaboom!
14/02/2007 14:08
1/5
Ouuuf, enfin une critique qui ne trouve pas d'excuses à ce film indéfendable! Car autant Mulholland Dr. est une merveille absolue, autant INLAND EMPIRE est un ratage total, un film affreux, autoparodique et mortellement ennuyeux... Pour la 1e fois dans un Lynch, il n'y a strictement rien à comprendre (cf. les séquences polonaises, d'une gratuité révoltante). A ce niveau d'ésotérisme, ce n'est plus un puzzle, c'est un étron fumant. Va falloir sérieusement songer à arrêter la méditation transcendantale, mon vieux, histoire de purger la merde qui commence à s'accumuler dans ton cerveau... Parce que, putain, David, six ans d'attente pour... ça!?!!  
 
PS1 : sans les images, la bande-son - bien plus travaillée que l'image - a ses bons, voire très bons, moments.  
PS2 : le pire, c'est que je reste curieux de voir ce que Lynch va bien pouvoir tourner après ça...
K!
Voir la K-id de ADN
ADN
14/02/2007 15:05
1/5
J'ai eu du mal, beaucoup de mal, à tenir jusqu'au bout. Et en même temps, il me reste en tête depuis la vision. Mais pas de la même manière qu'un Mulholland Drive ou un Lost Highway. Non, ici il me reste en tête parce que j'ai la sale impression d'avoir été dupé. Et tout ça avec le ricanement de Lynch lui-même derrière mon dos.  
Il reste quelques sensations parfois, quelques chouettes trucs, mais vraiment par moment, et puis, ça reste des 'trucs' justement, qu'il a déjà fait dans tous ses films.  
 
Petit bonus, une interview de Lynch (v.o. ss-titrée français) : 
http://www.dailymotion.com/fr/featured/video/x16up4_david-lynch
K!
Voir la K-id de Kraboudja
Kraboudja
18/02/2007 11:32
1/5
INLAND EMPIRE ou "David Lynch découvre l’exotisme polonais" … et nous inflige par moments une photo digne d’un documentaire de la R.D.A. (je n’en ai vu aucun, mais ça doit forcément ressembler à ça).  
 
Quelques scènes à sauver (la discussion avec la voisine, le barbecue), la plupart à hurler de rire ("The Locomotion" ; que dire de la "cène" obscure – dans tous les sens du terme – où il question d’un cheval et d’un puits ?). Enfin, hurler de rire, façon de parler, hein… 
 
Kaboom évoquait l’autoparodie, ADN, le foutage de gueule : j’adhère complètement et j’ajouterai un léger pompage. Lynch a dû flasher sur le lapin de "Donnie Darko", s’est ensuite perdu dans les limbes d’"Avalon" et y a laissé (momentanément) son génie hypnotique, seule explication logique à cet interminable naufrage…  
K!
Voir la K-id de Ironside
Ironside
02/03/2007 19:33
Moi, je crois qu'encore une fois, vous n'avez rien compris. Mais ca me fatigue de vous l'expliquer à longueur de websites... Alors je vais juste vous dire d'avoir un peu de personnalité, cette fois-ci, et de donner votre avis. Le vôtre. Celui de votre bidou. Pas l'avis de celui qui fait des critiques de Lynch avec des jeux de mots pareils en tête de son article. 
Je sais, c'est pas facile, d'avoir un avis a soi; souvent faut réfléchir pour ça. Et des fois, faut prendre un paracetamol... Mais après un certain temps, quand ça fait plus mal, vous verrez (toi aussi Kraboudja, tu verras...), ça fait du bien. 

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