Même si LEONERA s'ouvre sur le lieu d'un crime
ensanglanté, le générique bon enfant tourné sous la forme d'un karaoke par le
réalisateur argentin Pablo Trapero n'a
rien d'une fausse piste. Drame social que cette histoire de pauvre étudiante
accusée de meurtre et obligée d'accoucher en prison, mais le contexte carcéral
de LEONERA est bien moins glauque que celui décrit par Adrian Caetano dans son
CRONICA DE UNA FUGA (Buenos Aires 1977) qui faisait partie de la Sélection
Officielle du Festival de Cannes en 2006. Point de maton retors à la PRISON
BREAK ou de directeur machiavélique sous HAUTE TENSION ici et à se limiter à la
première partie du film, on se dit que le quartier des femmes détenues en
Argentine est souvent l'occasion de franches marrades. Il y a toujours une
trouble fête pour se taillader les poignets pendant l'une ou l'autre
réjouissance, mais en règle générale on fait la fête à noël et on danse au
Nouvel An. On souffle les bougies du gamin chaque année dans une cantine
transformée en bouiboui pour musiciens de kermesse et à condition d'accepter de
se faire galocher sous la douche par les filles les plus laides de la terre, on
a même la possibilité de s'épanouir sentimentalement. Une vie de gouine, mais une
vie digne de ce nom quand même avec son quotidien fait de hauts et de bas. De
hauts quand une gardienne saoule vous fait un bisou ou quand votre ex
lamentable (joué par le mannequin brésilien Rodrigo Santoro, un des deux losteurs inutiles de la saison 3 et l'incarnation du roi Xerxès dans 300) offre un camion bétonnière qu'il a fabriqué avec des conserves, de
bas quand votre mère (jouée par Elli Medeiros, souvenez-vous) vous monte un
plan pour vous retirer la garde de votre enfant. La croissance du petit Tomas
est l'indicateur du temps qui passe dans le film et c'est aussi le centre de la
vie de Julia, sa mère jouée par la jeune Martina Gusman, épouse du réalisateur
à la ville.
A partir de cette séparation forcée, Julia jusque là encline
à accepter l'injustice de son sort avec une apathie proche du rayon des
légumes, se transforme en furie toute prête à mener la révolution. Le parloir
devient l'un des décors 2D d'un STREET FIGHTER. Fight. Un point dans la gueule
d'une gardienne. Le feu aux oreillers et la bande des Conchitas de s'armer en
un battement de (gros) cil pour marquer la transition. Cette partie de LEONORA,
voulue...
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LeoneraEn Argentine, une jeune femme incarcérée pour un meurtre dont elle n'a pas le souvenir accouche puis élève son enfant dans le quartier pénitencier réservé aux femmes... Entre les murs
Même si LEONERA s'ouvre sur le lieu d'un crime
ensanglanté, le générique bon enfant tourné sous la forme d'un karaoke par le
réalisateur argentin Pablo Trapero n'a
rien d'une fausse piste. Drame social que cette histoire de pauvre étudiante
accusée de meurtre et obligée d'accoucher en prison, mais le contexte carcéral
de LEONERA est bien moins glauque que celui décrit par Adrian Caetano dans son
CRONICA DE UNA FUGA (Buenos Aires 1977) qui faisait partie de la Sélection
Officielle du Festival de Cannes en 2006. Point de maton retors à la PRISON
BREAK ou de directeur machiavélique sous HAUTE TENSION ici et à se limiter à la
première partie du film, on se dit que le quartier des femmes détenues en
Argentine est souvent l'occasion de franches marrades. Il y a toujours une
trouble fête pour se taillader les poignets pendant l'une ou l'autre
réjouissance, mais en règle générale on fait la fête à noël et on danse au
Nouvel An. On souffle les bougies du gamin chaque année dans une cantine
transformée en bouiboui pour musiciens de kermesse et à condition d'accepter de
se faire galocher sous la douche par les filles les plus laides de la terre, on
a même la possibilité de s'épanouir sentimentalement. Une vie de gouine, mais une
vie digne de ce nom quand même avec son quotidien fait de hauts et de bas. De
hauts quand une gardienne saoule vous fait un bisou ou quand votre ex
lamentable (joué par le mannequin brésilien Rodrigo Santoro, un des deux losteurs inutiles de la saison 3 et l'incarnation du roi Xerxès dans 300) offre un camion bétonnière qu'il a fabriqué avec des conserves, de
bas quand votre mère (jouée par Elli Medeiros, souvenez-vous) vous monte un
plan pour vous retirer la garde de votre enfant. La croissance du petit Tomas
est l'indicateur du temps qui passe dans le film et c'est aussi le centre de la
vie de Julia, sa mère jouée par la jeune Martina Gusman, épouse du réalisateur
à la ville.
A partir de cette séparation forcée, Julia jusque là encline
à accepter l'injustice de son sort avec une apathie proche du rayon des
légumes, se transforme en furie toute prête à mener la révolution. Le parloir
devient l'un des décors 2D d'un STREET FIGHTER. Fight. Un point dans la gueule
d'une gardienne. Le feu aux oreillers et la bande des Conchitas de s'armer en
un battement de (gros) cil pour marquer la transition. Cette partie de LEONORA,
voulue plus énervée et radicale, tranche dans la chair tendre du récit offrant
à l'interprète principale l'occasion de se laisser aller à une distribution de
puta et de cabron à toute la famille du personnel pénitencier, mais aussi de
déglinguer un peu la justesse de son jeu. Dans la deuxième moitié du film,
l'ordre est heureusement rétabli et on assiste à l'inévitable joute
procédurière pour récupérer la garde de l'enfant. La digression juridique
s'achève sur le verdict tranchant la question de la culpabilité de Julia,
jusqu'alors détenue à titre préventif. Il est intéressant de noter que la
sentence sur ce point est prononcée par un juge et non pas imposée par le
réalisateur qui laisse planer un flou volontaire sur la réalité des évènements.
Apparaît alors clairement le véritable vilain du film. Un système imparfait qui
n'a d'humain que les visages de ses victimes. Justes ou injustes, les
situations sont posées sans dictat moral. Les protagonistes réagissent avec les
moyens de leur ressenti et c'est le public qui avance les circonstances
atténuantes parfaitement au fait des motivations de chacun.
Simple et direct
dans son processus d'identification aux personnages, LEONERA dépeint le
portrait d'une femme normale dans la tourmente. Rien de fondamentalement inédit
dans la démarche ou la conclusion, mais un beau traitement de bout en bout qui
met en valeur le beau profil de l'Argentine sociale (la caméra ne quitte d'ailleurs
jamais le territoire argentin). Celui qui aurait mérité d'être photographié en
tenue de soirée sur les marches rouge du Palais des Festivals, mais qui aura du
se contenter d'une séance de 16h30 à cause d'un gros panda jugé plus photogénique
par les organisateurs ...
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