Cinéma: London to Brighton | K-web

Au pays de Ken Loach, le cinéma est souvent
à ranger dans la catégorie lourdement connotée « contenu social ». Il
y a bien des petits téméraires comme Danny Boyle (SUNSHINE, TRAINSPOTTING), Guy
Ritchie (SNATCH) ou Neil Marshall (THE DESCENT) qui ont compris que suivre
pendant deux heures le destin d'un gamin qui cherche du pognon pour faire vivre
toute la smala, ça va bien cinq minutes, mais qu'en se remontant les burnes, il
y a moyen de proposer autre chose. Avant de se lancer dans son premier Long, Paul Andrew Williams, bidouilleur de
clips et faiseur de pub, s'était fait la main dans le registre du
court-métrage, accouchant de deux œuvres qui lui valurent quelques biens, mais
peut mieux faire. Lorsqu'il s'est agi d'allonger les minutes, il n'a pas pris
de risque et est allé reprendre les pages griffonnées de son ROYALTY pour servir d'assise à son projet. Tant
qu'à recycler, Williams s'est dit qu'il n'y avait pas de raison pour ne pas
envoyer une petite convocation à quelques-uns des membres de l'équipe initiale pour
un tournage de toute façon bref et désargenté. Comme c'est difficile de multiplier les
travellings à la grue quand on n'a pas de pognon, Paul Andrews Williams va s'ancrer
la caméra sur l'épaule pour jouer la carte du réalisme et de l'urgence qui
émanent d'un certain... cinéma social. S'il en partage une certaine esthétique,
il veut pourtant s'en démarquer. Ce n'est pas le drame qui l'intéresse mais le
thriller. Alors, au lieu de s'arrêter au niveau de la gentille maisonnette
ouvrière dans laquelle il fait bon sangloter sur sa misère et manger du pain de
la veille, il s'enfonce dans des quartiers parfumés d'odeurs d'urine et de
vomissures qui piquent les narines. Là où la passe est à 10 euros et où les
déjections canines fossilisent immondices et seringues brisées. Dans cet
univers glauque et désespéré, Williams va introduire l'innocence d'une jeune
fille et laisser planer l'ombre de la pédophilie, pour faire de la gamine et sa
protectrice les jouets d'une course contre la mort.


Il est évident que Paul Andrew Williams cherche
à obtenir sa carte de membre au club des couillus british. Mais là où un TRAINSPOTTING
pouvait s'appuyer sur un véritable scénario et des personnages solides, LONDON TO
BRIGHTON risque à tout instant une déchirure musculaire dans le grand écart
entre...

jacK, K-web [kweb.be]
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London to Brighton
note kweb

Sortie: 04/07/2007

Durée: 85 min

De: Paul Andrew Williams

Avec: Lorraine Stanley, Georgia Groome, Johnny Harris,



London to Brighton

Londres, 3h07 du matin, Joanne et Kelly se réfugient en sanglots dans les toilettes délabrées d'une gare : elles viennent de tuer Duncan Allen, un riche et pervers boss de la pègre qui avait payé pour passer la nuit avec la toute jeune Joanne. Derek, le proxénète de Kelly, menacé de mort par le fils de Duncan, doit à tout prix retrouver les deux filles pour sauver sa peau. Pour fuir, ces dernières doivent monter dans un train en direction de Brighton...

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par jacK
03-07-2007

Aller simpliste


Au pays de Ken Loach, le cinéma est souvent à ranger dans la catégorie lourdement connotée « contenu social ». Il y a bien des petits téméraires comme Danny Boyle (SUNSHINE, TRAINSPOTTING), Guy Ritchie (SNATCH) ou Neil Marshall (THE DESCENT) qui ont compris que suivre pendant deux heures le destin d'un gamin qui cherche du pognon pour faire vivre toute la smala, ça va bien cinq minutes, mais qu'en se remontant les burnes, il y a moyen de proposer autre chose. Avant de se lancer dans son premier Long, Paul Andrew Williams, bidouilleur de clips et faiseur de pub, s'était fait la main dans le registre du court-métrage, accouchant de deux œuvres qui lui valurent quelques biens, mais peut mieux faire. Lorsqu'il s'est agi d'allonger les minutes, il n'a pas pris de risque et est allé reprendre les pages griffonnées de son ROYALTY pour servir d'assise à son projet. Tant qu'à recycler, Williams s'est dit qu'il n'y avait pas de raison pour ne pas envoyer une petite convocation à quelques-uns des membres de l'équipe initiale pour un tournage de toute façon bref et désargenté. Comme c'est difficile de multiplier les travellings à la grue quand on n'a pas de pognon, Paul Andrews Williams va s'ancrer la caméra sur l'épaule pour jouer la carte du réalisme et de l'urgence qui émanent d'un certain... cinéma social. S'il en partage une certaine esthétique, il veut pourtant s'en démarquer. Ce n'est pas le drame qui l'intéresse mais le thriller. Alors, au lieu de s'arrêter au niveau de la gentille maisonnette ouvrière dans laquelle il fait bon sangloter sur sa misère et manger du pain de la veille, il s'enfonce dans des quartiers parfumés d'odeurs d'urine et de vomissures qui piquent les narines. Là où la passe est à 10 euros et où les déjections canines fossilisent immondices et seringues brisées. Dans cet univers glauque et désespéré, Williams va introduire l'innocence d'une jeune fille et laisser planer l'ombre de la pédophilie, pour faire de la gamine et sa protectrice les jouets d'une course contre la mort.

Il est évident que Paul Andrew Williams cherche à obtenir sa carte de membre au club des couillus british. Mais là où un TRAINSPOTTING pouvait s'appuyer sur un véritable scénario et des personnages solides, LONDON TO BRIGHTON risque à tout instant une déchirure musculaire dans le grand écart entre deux styles peu maîtrisés. Paradoxalement, c'est la facette réaliste qui fonctionne le mieux et, lorsque le propos se durcit, le malaise monte, laissant le spectateur désabusé, voyeur complice d'un spectacle atterrant. Malheureusement, dès qu'il sort de la sente délimitée par la force d'une situation, Williams tombe dans chaque cliché creusé démontrant les limites d'une réalisation attentiste et peu inspirée. Plus observateur qu'intervenant, il a trop souvent tendance à se reposer sur ses acteurs, Lorraine Stanley, Georgia Groome et Johnny Harris, qui font preuve d'un véritable talent, se démenant sous les accords d'une B.O. définitivement cheap, souvent ringarde.

Se saisir d'un sujet bouclé en 13 minutes pour le disperser en 85, c'est souvent prendre le risque de diluer l'arôme d'un grand cru et de passer d'une dégustation fine à la consommation de piquette. Si Paul Andrew Williams évite le pire, il ne parvient tout de même pas à faire passer les longueurs, réutilisant un peu trop facilement certains ressorts du court, sans prendre le temps nécessaire pour réfléchir sur les spécificités de son nouveau format. Un résultat un peu en deçà d'un niveau de casting qui méritait assurément mieux.

                     



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