Voilà un film à l'image d'un certain cinéma d'auteur ricain d'aujourd'hui :
en crise. Aronofsky fait partie, en effet, de toute une génération de
réalisateurs US qui ont contribué, à coups de premiers films bourrés d'idées, à
relancer une vague d'un cinéma qu'on adore : le cinéma d'auteur qui
n'oublie jamais de divertir. Pas le cinéma d'auteur qui se regarde le nombril
(ou le prépuce, c'est selon), qui intellectualise tout ce qui bouge (voire,
pire, tout ce qui ne bouge pas). Non. Un cinéma traversé par des préoccupations
auteuristes dans le plus beau sens du terme (thématiques, construction
narrative, vision du monde, griffe visuelle) mais qui pense au spectateur et
lui fait plaisir (plaisir cinéphile s'entend hein, on ne peut pas vraiment dire
qu'Aronofsky soit du genre à faire des guilis au ventre et frapper sur un
tambour avec un nez rouge et un singe savant sur l'épaule pour faire rire).
Dans la veine déceptive récente, la palme revient sans conteste
à Richard Kelly (Donnie Darko) et son Southland Tales, énorme foutage de
gueule qui nous avait donné une belle nausée l'an dernier à Cannes. Dans le
genre régressif, Bryan Singer (The Usual Suspects) et son Superman Returns avaient également atteint
de belles profondeurs. Côté génération précédente, on ne peut pas dire que
Lynch, Jarmusch, les Coen et consorts aient de quoi faire les fiers-à-bras ces
derniers temps non plus, loin s'en faut.
Participant de ce même mouvement donc, le cas Aronofsky n'en
demeure pas moins, jusque dans le ratage de The Fountain, intéressant.
Découvert en 1998 avec l'impeccable Pi, premier film fauché qui avait
tout pour plaire aux amateurs de délires kafkaïens, du Lynch du tout début, de
cinéma indé à l'esthétique crasse et épileptique, Aronofsky confirme deux ans
plus tard dans la cour des grands avec Requiem For A Dream, excellente
adaptation choc de feu Hubert Selby Jr. La mise en chantier, médiatisée dans
tous les mags spécialisés, du tournage en 2002 de The Fountain avec Brad
Pitt et Cate Blanchett en fait l'un de films les plus attendus du moment. Tout
semble rouler pour Aranofsky. Puis, catastrophe. Brad Pitt quitte le bateau. Raison
invoquée : « divergences artistiques » (mouais, autant pas
donner de raison quoi...). Le projet se viande et devient, bon gré mal gré, une
bande dessinée. Mais Aronofsky est tenace, il convainc Hugh Jackman et Rachel...
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Sortie: 07/03/2007 Durée: 96 min De: Darren Aronofsky Avec: Hugh Jackman, Rachel Weisz, Ellen Burstyn The FountainUn homme. Une femme. Trois époques. Chabadabada. Sauf que la belle est malade et qu'elle va mourir. Si les temps changent, le cycle de la vie, lui, est toujours aussi difficile à accepter...
Requiem pour un conte
Voilà un film à l'image d'un certain cinéma d'auteur ricain d'aujourd'hui :
en crise. Aronofsky fait partie, en effet, de toute une génération de
réalisateurs US qui ont contribué, à coups de premiers films bourrés d'idées, à
relancer une vague d'un cinéma qu'on adore : le cinéma d'auteur qui
n'oublie jamais de divertir. Pas le cinéma d'auteur qui se regarde le nombril
(ou le prépuce, c'est selon), qui intellectualise tout ce qui bouge (voire,
pire, tout ce qui ne bouge pas). Non. Un cinéma traversé par des préoccupations
auteuristes dans le plus beau sens du terme (thématiques, construction
narrative, vision du monde, griffe visuelle) mais qui pense au spectateur et
lui fait plaisir (plaisir cinéphile s'entend hein, on ne peut pas vraiment dire
qu'Aronofsky soit du genre à faire des guilis au ventre et frapper sur un
tambour avec un nez rouge et un singe savant sur l'épaule pour faire rire).
Dans la veine déceptive récente, la palme revient sans conteste
à Richard Kelly (Donnie Darko) et son Southland Tales, énorme foutage de
gueule qui nous avait donné une belle nausée l'an dernier à Cannes. Dans le
genre régressif, Bryan Singer (The Usual Suspects) et son Superman Returns avaient également atteint
de belles profondeurs. Côté génération précédente, on ne peut pas dire que
Lynch, Jarmusch, les Coen et consorts aient de quoi faire les fiers-à-bras ces
derniers temps non plus, loin s'en faut.
Participant de ce même mouvement donc, le cas Aronofsky n'en
demeure pas moins, jusque dans le ratage de The Fountain, intéressant.
Découvert en 1998 avec l'impeccable Pi, premier film fauché qui avait
tout pour plaire aux amateurs de délires kafkaïens, du Lynch du tout début, de
cinéma indé à l'esthétique crasse et épileptique, Aronofsky confirme deux ans
plus tard dans la cour des grands avec Requiem For A Dream, excellente
adaptation choc de feu Hubert Selby Jr. La mise en chantier, médiatisée dans
tous les mags spécialisés, du tournage en 2002 de The Fountain avec Brad
Pitt et Cate Blanchett en fait l'un de films les plus attendus du moment. Tout
semble rouler pour Aranofsky. Puis, catastrophe. Brad Pitt quitte le bateau. Raison
invoquée : « divergences artistiques » (mouais, autant pas
donner de raison quoi...). Le projet se viande et devient, bon gré mal gré, une
bande dessinée. Mais Aronofsky est tenace, il convainc Hugh Jackman et Rachel Weisz
(moins difficile à convaincre quand même puisque c'est sa compagne) de
reprendre les rôles laissés vacants par Pitt et Blanchett et relance la
machine.
D'avance, The Fountain a donc toutes les
allures du grand film malade. Qu'il n'est pas tout à fait d'ailleurs puisque,
dans les meilleures conditions du monde, on imagine mal comment Aronofsky
aurait pu tirer un grand film de cette histoire de fontaine de jouvence en
forme de trip new age. Traversée de grandes questions existentielles relatives
au Temps, à la Mort, à l'Amour, et donc, de manière plus générique, à
l'Ephémère et à la Finitude, l'écriture cumule les maladresses et donne plus
qu'à son tour dans la philosophie monoprix de gentils fumeurs de splifs
adolescents un soir de pleine lune. L'épisode, d'un ennui sidéral, se situant
dans un futur très bande dessinée, avec un Jackman boule à zéro en lévitation
ou caressant le tronc d'un arbre, est à cet égard le plus édifiant.
Le mythe de la fontaine de jouvence, joli conte qu'on s'est
tous raconté un jour à notre manière dans un accès de révolte intérieure contre notre pauvre
condition de mortels, se retrouve surtout ici bêtement asservi à une histoire
d'amour hyper conventionnelle qui lui enlève toute sa dimension fantasmatique. Ok
Aronofsky est amoureux de Rachel Weisz, ça on l'a bien compris, mais de là à
faire un film qui ne dépasse le plus souvent pas le stade du poème de
boutonneux glissé gauchement sous l'oreiller avant d'aller dormir...
Pourquoi, dès lors, cette Fontaine nous touche-t-elle
ponctuellement malgré tout ? Parce qu'Aronofsky ne calcule pas. Parce
qu'il y croit dur comme fer, le bougre, à ses envolées lyrico-existentialistes
(appuyées au possible par un Clint
Mansell toujours inspiré mais beaucoup trop envahissant côté bande son). Il
ne s'agit même pas de parler de film assumé, Aronofsky n'a rien à assumer, il y
croit et il va au bout de son truc, à toute allure, cornes baissées. Si les
personnages nous laissent de marbre, l'homme derrière la caméra, sa force de
conviction, transpirent dans chaque plan et c'en est presque émouvant. A ce
niveau, y a pas photo, on préfère de loin ce plantage-ci au mépris du
spectateur d'Inland Empire, à la
boursouflure de Southland Tales ou à
la vacuité de Superman Returns.
Ce n'est pas une excuse mais, il faut le dire, l'intention
était bonne.
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