Cinéma: The Good German | K-web

Steven
Soderbergh
est un touche-à-tout. Après avoir reçu une palme d'or pour son premier
long-métrage, Sex, Lies and Videotape, il n'a eu de cesse de se multiplier
dans des projets hétérogènes, sillonnant dans les rayonnages cinématographiques
à la recherche d'un nouveau joujou. Comme pour légitimer le rameau doré qui
trône en bonne place sur sa cheminée, il s'est tout d'abord lancé dans des
projets quelque peu intimistes (Kafka,
Schizopolis) qui lui ont valu autant
de coups de râteau financiers bien placés. Groggy mais pas vaincu, il a repris
les couleurs d'un bon gros bébé joufflu lorsqu'il a compris les rouages du
système hollywoodien. D'abord faire un film à dollars pour pouvoir ensuite se
permettre de prendre des risques et continuer à travailler. Sa rencontre avec George Clooney sur Out of Sight sera un
déclic. Pas besoin de course au ralenti à deux balles sur une plage pour
comprendre que ces deux-là vont empiler les projets communs. L'un augmentant
ses chances de retour sur investissement, l'autre se débarrassant peu à peu de
son costume de série un peu trop encombrant pour glisser vers le grand écran et
faire le plein du crédit tant convoité. Maintenant qu'ils se sont piqués le
bout du doigt avec une aiguille et qu'ils ont mêlé leur sang, Steven peut
continuer son exploration, allant de la grosse production hollywoodienne (Erin Brockovich ; la saga Danny Ocean),
à la science-fiction (Solaris) en passant par le film à budget
minimaliste expérimental (Bubble, Full Frontal) et par la case engagée (Traffic).
Tant qu'à déambuler, il en profite également pour gentiment se frotter à
l'exercice de style lorgnant du côté des œuvres « touche pipi » en
participant au triptyque Eros.


Pour creuser un peu plus loin son
sillon cinématographique, Steven Soderbergh a cette fois décidé de s'attaquer au
cinéma des années 40, décennie glorieuse de l'histoire hollywoodienne.  Plutôt que de s'atteler à la mise en œuvre
d'un remake, comme il en avait déjà plusieurs fois eu l'occasion par le passé,
il s'est penché, en compagnie de Paul
Attanasio (Donnie Brasco), sur
l'adaptation du roman éponyme de  Joseph Kanon. Le point de départ du
projet est simple : donner naissance à un film en usant les codes visuels
et thématiques d'une époque. Pour s'approcher au plus près de son esthétique précieusement
surannée, Soderbergh va...

jacK, K-web [kweb.be]
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The Good German
note kweb

Sortie: 14/03/2007

Durée: 105 min

De: Steven Soderbergh

Avec: George Clooney, Tobey Maguire, Cate Blanchett



The Good German

 

Alors que la Seconde guerre mondiale vient de s'achever, le journaliste de télévision américain Jake Geismar revient à Berlin, où il vécut avant d'être mis dehors par les Nazis. Mandaté pour couvrir la conférence de Potsdam, où Truman, Churchill et Staline se partageront le monde en zones d'influences, il retrouve une ancienne maîtresse, Lena Brandt, dont le mari est activement recherché par l'armée américaine et par l'armée russe. Lena cherche à fuir Berlin. Or, dans cette ville en ruines où tout s'achète au marché noir, Tully, le chauffeur de Jake, jouit de contacts qui pourraient permettre cette évasion. Mais celui-ci perd la vie dans des circonstances bien troubles...

K!
Voir la K-id de JacK
par jacK
13-03-2007

L'oeuvre au noir


Steven Soderbergh est un touche-à-tout. Après avoir reçu une palme d'or pour son premier long-métrage, Sex, Lies and Videotape, il n'a eu de cesse de se multiplier dans des projets hétérogènes, sillonnant dans les rayonnages cinématographiques à la recherche d'un nouveau joujou. Comme pour légitimer le rameau doré qui trône en bonne place sur sa cheminée, il s'est tout d'abord lancé dans des projets quelque peu intimistes (Kafka, Schizopolis) qui lui ont valu autant de coups de râteau financiers bien placés. Groggy mais pas vaincu, il a repris les couleurs d'un bon gros bébé joufflu lorsqu'il a compris les rouages du système hollywoodien. D'abord faire un film à dollars pour pouvoir ensuite se permettre de prendre des risques et continuer à travailler. Sa rencontre avec George Clooney sur Out of Sight sera un déclic. Pas besoin de course au ralenti à deux balles sur une plage pour comprendre que ces deux-là vont empiler les projets communs. L'un augmentant ses chances de retour sur investissement, l'autre se débarrassant peu à peu de son costume de série un peu trop encombrant pour glisser vers le grand écran et faire le plein du crédit tant convoité. Maintenant qu'ils se sont piqués le bout du doigt avec une aiguille et qu'ils ont mêlé leur sang, Steven peut continuer son exploration, allant de la grosse production hollywoodienne (Erin Brockovich ; la saga Danny Ocean), à la science-fiction (Solaris) en passant par le film à budget minimaliste expérimental (Bubble, Full Frontal) et par la case engagée (Traffic). Tant qu'à déambuler, il en profite également pour gentiment se frotter à l'exercice de style lorgnant du côté des œuvres « touche pipi » en participant au triptyque Eros.

Pour creuser un peu plus loin son sillon cinématographique, Steven Soderbergh a cette fois décidé de s'attaquer au cinéma des années 40, décennie glorieuse de l'histoire hollywoodienne.  Plutôt que de s'atteler à la mise en œuvre d'un remake, comme il en avait déjà plusieurs fois eu l'occasion par le passé, il s'est penché, en compagnie de Paul Attanasio (Donnie Brasco), sur l'adaptation du roman éponyme de  Joseph Kanon. Le point de départ du projet est simple : donner naissance à un film en usant les codes visuels et thématiques d'une époque. Pour s'approcher au plus près de son esthétique précieusement surannée, Soderbergh va s'inspirer directement des techniques mises en œuvre par Michael Curtis (Casablanca) et se dégotter les types d'objectifs employés naguère (il en profite en passant pour dupliquer l'affiche de Casablanca en utilisant les mêmes polices et la même mise en page). Pour éviter un grain trop prononcé, il tourne en couleur pour ensuite désaturer son image et jouer des contrastes entre ombre et lumière. Au-delà du simple rendu de l'image, il se conforme aux types de décors, d'éclairage, de prise de son et de cadrages, rendant au gros plan son caractère signifiant. Pour achever son illusion temporelle, il dissémine quelques images d'archives tournées entre autres, s'il vous plaît, par Billy Wilder (Sunset Boulevard) et William Wyler (Ben-Hur). Si quelques plans frisent avec la surexposition, le résultat est troublant et l'on ne peut que s'incliner devant le travail minutieux de reconstitution accompli, encerclé par les assauts tonitruants de la musique de Thomas Newman (American beauty, Jarhead). Baroque et inspirée, sa composition nommée aux Oscars aura remporté in extremis le droit de jouer son rôle, reléguant aux oubliettes le travail de David Holmes (Ocean's 11 & 12) qui avait pourtant déjà enregistré une B.O. complète. 

Mais que l'on ne se méprenne pas, s'il flotte dans une atmosphère embaumant la naphtaline, The Good German est une œuvre résolument contemporaine. Au-delà d'un langage cru et direct, on a du mal à imaginer Paul Henreid assommant Ingrid Bergman de coups de butoirs dans une levrette appliquée. Le code Hays n'est plus et Tobey Maguire (Pleasantville, Spider-Man) peut labourer Cate blanchett (The Lord of the Rings ; Babel) en toute quiétude. Avec assurance, Soderbergh renforce sa modernité en se jouant des archétypes. Certes, on retrouve les personnages inévitables de la femme fatale, manipulatrice, et de l'homme désabusé, héros déchu, incapable d'une quelconque emprise sur le monde qui l'entoure. Mais tous ont éprouvé la douleur et en souffrent encore. La guerre a fait son œuvre et a marqué les esprits et la chair. Pas de personnages assurant une once de rédemption. Tous sont d'une façon ou d'une autre impliqués, souillés ou perdus. Car c'est bien de cela qu'il est question, au lendemain du conflit, le bien ne peut se targuer d'être si différent du mal.

Tout aurait pu en rester là et faire de The Good German un très grand film. Mais une distance s'installe. Si la forme est séduisante, le jeu des acteurs convaincant, quelque chose tient radicalement le spectateur à l'écart. Les références et emprunts pullulent. Les ombres de Bergman, Bogart et Grant planent. L'hommage prend des tournures de pillage ou de copie de tableau d'un magasin de déco. Casablanca, The Third Man et Notorious sont désossés, calqués au feutre gras. Il émane de cet essai un souffle glacé. Comme si Soderbergh n'avait pu redonner entièrement vie à ces figures du passé, emprisonnées sous leur socle de verre. Comme toujours, la sophistication et l'intelligence du réalisateur envahissent l'image, mais elles ne pourront, cette fois, transformer ce bel objet en un moment inoubliable de cinéma.



Moyenne des verdiKts:
3/5

Vos Kommentaires

K!
Voir la K-id de toinou
toinou
13/03/2007 14:55
3/5
J'ai personnellement très apprécié la construction du film par Soderbergh: référence des années 40, lumières, scènes, etc. Pas un film exceptionnel mais plaisant à l'image.

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