Decepti[c]on
Si on veut réaliser un spot de recrutement pour l'armée, il
faut penser à Michael Bay qui filme
hélicos, porte-avions et demi-cervelles
en uniforme comme personne, mais si c'est des TRANSFORMERS que vous voulez
voir, vous aurez plus de chance en vous tournant vers le dessin-animé de 1986
pour la V.O. ou un reportage sur Vincent McDoom dans une V.F.
titrée « Transformistes ». Il y a bien ces quelques bobines de péloche
tournées pour 150 millions de dollars, mais la teneur en Autobots et
Decepticons est tellement faible que ces 144 minutes feraient passer du Fanta
pour du Jus d'orange pressée avec les orteils... Pour avoir un gros budget, il
faut faire plaisir à beaucoup d'investisseurs en intégrant leurs attentes. Le
public passe après. C'est bien connu et plus le film ratisse large, plus il faut s'assurer de ne heurter personne. Si on excepte le mauvais goût évident d'une scène uro ou
Bumblebee se vidange sur son ennemi et d'un geste plus étrange qu'obscène
perpétré par le doigt robotique d'un Soudwave aussi dégénéré qu'un Gremlins qui
louche, TRANSFORMERS ne fait aucune entorse au consensualisme du PG-13 dans ce qu'il
a de plus cliché et lobotomisant. Soyons clair, je ne m'attendais pas à des
attouchements mécaniques, mais plutôt à une dimension plus importante accordée
aux dégâts collatéraux qui figurent au bilan des quelques bastons du film, un
peu plus d'emphase dramatique et une fin qui ne ressemble pas à celle d'E.T. s'il n'était pas rentré à la maison avec ses amis difformes. Michael Bay a beau se débattre avec les foudres
et les caprices de la production, les deux premières pierres sont pour lui et
pour son associé Steven Spielberg qui apporte à la conception in utero la goutte
de pipi qui avait déjà fait de MEN IN BLACK 2 un batard dégénéré du cinéma de divertissement.
Parmi les gros problèmes du film, il faut dégager le design
des Transformers qui n'aura finalement pas su convaincre. Optimus a des lèvres
qui s'agitent lorsqu'il parle et le résultat est tellement gay, qu'on peut
comprendre l'ajout des flammes tuning à la carrosserie de son camion pour
durcir un peu le leader des Autobots. Débarrassés de tout jugement de valeur
sur le look Hi-Tech à des années lumières du design original, on est néanmoins
satisfait qu'une palette de couleur ait plus ou moins été respectée pour les
gentils robots (rouge pour Optimus, Jaune pour Bumblebee, ...) parce que du côté
des Decepticons c'est une belle diarrhée grisâtre qui fout une putinerie de bordel
dans la lisibilité des scènes de combat. Quand ça bastonne, ça pète dans tous
les sens, mais on ne sait pas très bien qui cogne sur qui, un peu comme si
Spielberg avait filmé une partouze de coréens comme le débarquement du Soldat Ryan et qu'on
vous demandait ensuite de reformer les couples. Ces saletés
de robots se ressemblent tous, mais Michael Bay adopte néanmoins le style
reporter de guerre pour placer sa caméra au cœur de l'orgie numérique. Cette
option donne lieu à des séquences assez incroyables, pleines de flous et de
mouvement épileptiques qui apportent aux effets visuels un calque réaliste qu'il
faut saluer comme l'une des dernières avancées dans l'ère du CGI. Cette
semi-réussite achète un poil de fesse de crédibilité à un film qui s'épile le
reste du temps à nous expliquer que Megatron est congelé dans un barrage depuis
la nuit des temps et que les Transformers viennent d'un nuage cosmique en forme
de cube capable de rétrécir et de se carrer dans n'importe quel trou de balle
de robot pour le faire exploser. La brèche science-fiction est ouverte et on va
tout vous étaler une pseudo science dans les grandes largeurs comme si on en
avait quelque chose à secouer de savoir le pourquoi du comment de la transformation
des robots en véhicules (ah wéééé, ils scannent leurs modèles en fait, mais
c'est rien de le dire, je veux aussi qu'on me le démontre en laboratoire sinon
j'y crois pas et j'envoie mes jouets tout brûlés au chalumeau chez Hasbro).
Quand je mate un Dorcel, je ne passe pas 20 minutes à me demander comment le
plombier arrive à secouer la bourgeoise qui l'embauche, il y a une sorte de
logique qui arrive à satisfaire mon cerveau et qui dissocie ce qui se passe à
l'écran de la réalité. Le mec est pas vraiment là pour peindre. C'est tout ce
qu'il y a à comprendre et on s'en fout qu'on avait dit au départ qu'il était
plombier. Dans TRANSFORMERS, on est pas vraiment venu pour le scénario à base
de patriotisme nécrosé et d'adolescents rejetés qui deviennent des héros, mais
comme il est là il faut se le farcir. Pour revenir à notre Plom... peintre d'intérieur,
c'est comme si on commencait par faire un état des lieux et un devis des
travaux et qu'on vous présente ensuite le bonhomme et les outils qu'il va
employer pour rafraîchir le plafond. On vous explique pourquoi il boîte et on
vous parle un peu de ses antécédents familiaux et de son chien Baballe qui
n'avait pas le droit de dormir à l'intérieur quand il piquait dans sa gueule le
flacon de viagra d'un père alcoolique, mais généreux. On vous fait ensuite une
révélation : le type en question, c'est en fait Greg le millionnaire, mais
il n'a pas vraiment d'argent, juste une dure vie d'ouvrier dans le bâtiment. On
vous saoule avec tellement de trucs qu'au final, lorsque la bourgeoise se
pointe en nuisette pour venir chercher sa banane dans la cuisine, il reste encore
à faire les présentations et plus vraiment assez de temps pour baiser.
Bay, on est venu voir des Transformers. Des putains de
robots géants qui se mettent sur la gueule dans un éternel combat entre le bien
et le mal. Qu'est-ce que tu as à nous emmerder avec leurs origines ou leur
anatomie détaillée ? Si tu veux vraiment nous faire un C'EST PAS SORCIER
spécial TRANSFORMERS, commence par expliquer comment une voiture sportive
arrive à grossir autant qu'un robot de 60 mètres qui défonce des buildings. T'as
un problème de proportions mec ! Et quelque chose me dit que ce n'est ni
un général top secret, ni la caricature de John Turturro (Jésus est mort...) qui vont
m'expliquer ce tour là. Tant qu'on y est, pourquoi venir attaquer nos burnes
avec des histoires d'humains qui ont emprunté leur sens de l'humour au Club
Dorothée ? On s'en fout de Shia LaBeouf. Que l'atomique Megan Fox craque
pour sa gueule de singe est bien la preuve que tu as saisi le principe de la crédibilité
ténue des films de boule. Mais pourquoi s'attarder sur eux ? Et sur tous
les autres qui ont la personnalité aussi épaisse qu'un poil de plus arraché sur
la surface de fesses maintenant complètement lisses et prêtes à être léchées ?
Pourquoi donner des illusions à cette jeune fille qui se dira bientôt actrice
et qui chopera le melon au lieu de se laisser gentiment harceler au téléphone
par des mecs qui ont acheté une bouteille usagée de son déodorant sur
eBay ? (va bouillir en enfer dans de
la semence d'infirme Foxyoudoggystyle69 pour avoir remporté cette enchère de
quelques minables 25 cent !). Tout ce temps perdu t'oblige à torcher
un Megatron tout pourri qui aurait pu se muter en arme de destruction massive,
mais qui se transformera finalement en
avion comme tous les autres, obligé de brailler I AM MEGATROOOON toutes les 5
minutes pour qu'on puisse le dissocier... c'est nul mec et aucun des
microscopiques clin d'œil au matériel original ne nous fera oublier que tu n'as
pas su te faire plaisir avec 150 millions de dollars à dépenser en jouets quand
des millions de fans ont su s'amuser 5 ans avec une poignée de robots achetés
un million de fois moins cher au milieu des années 80.
TRANSFORMERS souffre des symptômes qui avaient déjà plombé
les attentes suscitées par ALIEN VS PREDATOR ou FREDDY VS JASON. Vous vouliez une histoire
de Transformers, mais il ne vous seront offerts qu'en tant que cadre d'une intrigue lâche et stéréotypée entre des personnages inconnus dont personne n'a rien à foutre à moins d'avoir
pu mettre la main sur un numéro de téléphone californien, une boîte de kleenex
et cette foutue bouteille de déodorant !