En 1998, la lecture brûlante de MACHINE QUI RÊVE eut, sur le
franquinophile hardcore que je suis,
l'effet d'un coup de tonnerre. Enfin dans ce tome 46 des aventures de Spirou et
Fantasio, Tome et Janry osaient
renouveler en profondeur - et non plus seulement par petites touches de
modernisation souvent gadget - les
codes d'une série qui s'essoufflait depuis près de trente ans ! Un album
splendide tout au long duquel le tandem se livrait à une entreprise de lifting
graphique et scénaristique particulièrement sombre et culotté. Des
bouleversements qui bien sûr, tristement bien sûr, ne plurent pas à tout le
monde, surtout pas au troupeau de barbons puristes et ridiculement fétichistes
qui peuple les rangs des bédéphiles, désorientés qu'ils furent face à cette
géniale débauche de mises en abyme et de réflexions cathartiques fondues en un
thriller trépidant. Tome et Janry gentiment remerciés, le flambeau fut passé au
stakhanoviste Morvan, pour qui le
quantitatif prime depuis longtemps sur le qualitatif, et son comparse Munuera. Qu'elle fut désolante la
lecture de leurs PARIS-SOUS-SEINE, L'HOMME QUI NE VOULAIT PAS MOURIR et SPIROU
ET FANTASIO A TOKYO, vilains albums dont la laideur n'a d'égale que la vacuité
des dialogues et des situations, pitoyables tentatives de retour aux sources,
au glorieux passé du groom et de son inséparable compagnon à coups de procédés
artificiels de type résurrection d'anciens personnages ou jeux référentiels
mort crétins.
Heureusement, dès février 2006 s'offrit à nous, pauvres lecteurs,
une alternative prometteuse avec le lancement d'une sorte de série parallèle,
sobrement intitulée UNE AVENTURE DE SPIROU ET FANTASIO PAR... et composée de
one-shots signés par des auteurs à chaque fois différents. Surtout, les noms des
premiers auteurs sur le coup étaient porteurs de grands espoirs : Yoann (TOTO L'ORNITHORYNQUE) et Vehlmann (SAMEDI ET DIMANCHE, GREEN
MANOR) se chargeraient du premier, Frank
Le Gall (THEODORE POUSSIN) du second et Yann (ODILON VERJUS, PIN-UP, ...) et Tarrin (VIOLINE) du troisième. Hélas, le tome 1, LES GEANTS PETRIFIES,
ne fut en rien convaincant, péchant par un dessin trop anguleux et surtout une
histoire ne trouvant jamais véritablement sa voie entre aventure à l'ancienne
façon VOYAGEUR DU MESOZOÏQUE et distanciation très d'aujourd'hui à la
VITO LA DEVEINE. Tandis que le second tome,
LES MARAIS DU TEMPS, recyclait...
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Le Tombeau des Champignac
En 1998, la lecture brûlante de MACHINE QUI RÊVE eut, sur le
franquinophile hardcore que je suis,
l'effet d'un coup de tonnerre. Enfin dans ce tome 46 des aventures de Spirou et
Fantasio, Tome et Janry osaient
renouveler en profondeur - et non plus seulement par petites touches de
modernisation souvent gadget - les
codes d'une série qui s'essoufflait depuis près de trente ans ! Un album
splendide tout au long duquel le tandem se livrait à une entreprise de lifting
graphique et scénaristique particulièrement sombre et culotté. Des
bouleversements qui bien sûr, tristement bien sûr, ne plurent pas à tout le
monde, surtout pas au troupeau de barbons puristes et ridiculement fétichistes
qui peuple les rangs des bédéphiles, désorientés qu'ils furent face à cette
géniale débauche de mises en abyme et de réflexions cathartiques fondues en un
thriller trépidant. Tome et Janry gentiment remerciés, le flambeau fut passé au
stakhanoviste Morvan, pour qui le
quantitatif prime depuis longtemps sur le qualitatif, et son comparse Munuera. Qu'elle fut désolante la
lecture de leurs PARIS-SOUS-SEINE, L'HOMME QUI NE VOULAIT PAS MOURIR et SPIROU
ET FANTASIO A TOKYO, vilains albums dont la laideur n'a d'égale que la vacuité
des dialogues et des situations, pitoyables tentatives de retour aux sources,
au glorieux passé du groom et de son inséparable compagnon à coups de procédés
artificiels de type résurrection d'anciens personnages ou jeux référentiels
mort crétins.
Heureusement, dès février 2006 s'offrit à nous, pauvres lecteurs,
une alternative prometteuse avec le lancement d'une sorte de série parallèle,
sobrement intitulée UNE AVENTURE DE SPIROU ET FANTASIO PAR... et composée de
one-shots signés par des auteurs à chaque fois différents. Surtout, les noms des
premiers auteurs sur le coup étaient porteurs de grands espoirs : Yoann (TOTO L'ORNITHORYNQUE) et Vehlmann (SAMEDI ET DIMANCHE, GREEN
MANOR) se chargeraient du premier, Frank
Le Gall (THEODORE POUSSIN) du second et Yann (ODILON VERJUS, PIN-UP, ...) et Tarrin (VIOLINE) du troisième. Hélas, le tome 1, LES GEANTS PETRIFIES,
ne fut en rien convaincant, péchant par un dessin trop anguleux et surtout une
histoire ne trouvant jamais véritablement sa voie entre aventure à l'ancienne
façon VOYAGEUR DU MESOZOÏQUE et distanciation très d'aujourd'hui à la
VITO LA DEVEINE. Tandis que le second tome,
LES MARAIS DU TEMPS, recyclait laborieusement la figure du voyage dans le temps
et décevait à nouveau côté graphique.
Dire que LE TOMBEAU DES CHAMPIGNAC, troisième livraison
signée Yann et Tarrin, relève du génie serait pure élucubration. Il n'empêche que
voici l'album de Spirou et Fantasio le plus intéressant, et haut la main, de
ces dix dernières années. Déjà, graphiquement, LE TOMBEAU DES CHAMPIGNAC est un
pur régal. Fabrice Tarrin s'y approprie avec une aisance confondante les
personnages clés de la série (Spirou, Fantasio, Champignac, Seccotine). Un
dessin hyper dynamique superbement souligné par une mise en couleurs
irréprochable. Côté aventure, ça tient plutôt bien la route. Yann renoue avec
l'esprit Franquin sans tomber dans
l'hommage bêtement appuyé ou la redite figée avec juste ce qu'il faut
d'irrationnel et d'humour jamais envahissant. On n'est pas transporté comme on a pu l'être jadis, on a peut-être passé l'âge d'ailleurs, mais ce TOMBEAU
DES CHAMPIGNAC, parfaitement rythmé, se lit avec un plaisir certain. Du coup,
on se réjouit du regain d'intérêt suscité ici et on croise les doigts au
passage pour le tome suivant qui sera signé par le très bon Emile Bravo (ALEKSIS STROGONOV, JULES).
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