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Si la Quinzaine des Réalisateurs est à
l'image de son film d'ouverture, alors, cette année encore, la sélection
d'Olivier Père a toutes les chances d'écraser en qualité la compétition
officielle.

D'un photographe et réalisateur de clips, on craignait un film léché et
maniéré. D'un biopic consacré au leader de Joy Division, on s'attendait à un
film sombre et torturé. Attentes doublement contredites, et de quelle
manière !  Fidèle à son travail de
photographe et, dans une certaine mesure, de vidéoclipeur, Anton Corbijn a le bon goût de ne jamais se départir d'une sobriété
bienvenue, appuyée par sa marque de fabrique : le noir et blanc. Plus
étonnant, le film, dans sa première partie, se présente quasi comme une comédie
indé. On rit beaucoup, c'est frais, léger (Bernard Sumner est un gentil empoté,
Peter Hook n'aime pas le nom des Buzzcocks parce qu'il y a « bite »
dedans, les membres du groupe pètent dans les loges, affalés dans des fauteuils,
en attendant de monter sur scène, ce genre) et on commence tout doucement à se
demander comment, dans ces conditions, Ian Curtis pourra bien finir pendu dans
sa cuisine. C'est le tour de force d'un film qui n'a pas la bêtise de penser
que la déprime, la noirceur, ne sont pas faites pour côtoyer la légèreté et l'insouciance.
Jusque dans sa deuxième partie, plus sombre forcément, le film conserve une
pointe d'humour qui surgit dans les moments les plus inattendus (comme lorsque
l'hilarant manager du groupe lâche à Curtis qui vient de faire une violente
crise d'épilepsie en plein concert : 
« Allez, ça pourrait être pire, tu pourrais chanter avec The Fall »).


Le film, à vrai dire, commence seulement à basculer dans cette scène, subtile
et magnifique, où le groupe joue Transmission
sur le plateau de l'émission de Tony Wilson.  D'un coup, sans dialogues, sans effets, Curtis
(ahurissant Sam Riley) n'apparaît plus seulement comme cet adolescent moyen,
tantôt taiseux et renfermé, tantôt rieur et passionné. Habité, épileptique
avant l'heure, il semble soudain traversé d'une béance sans fond. Toute la
puissance de CONTROL réside dans ce refus obstiné de cumuler dialogues et
séquences lourdes de sens, de se construire comme une lente et inexorable
marche vers le suicide. Le mal être, comme dans la vie, est dans les creux, se
lit entre les lignes et ne naît pas d'incroyables et incessants tourments...

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Control

Quinzaine des Réalisateurs
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par niKo
18-05-2007
Si la Quinzaine des Réalisateurs est à l'image de son film d'ouverture, alors, cette année encore, la sélection d'Olivier Père a toutes les chances d'écraser en qualité la compétition officielle.

D'un photographe et réalisateur de clips, on craignait un film léché et maniéré. D'un biopic consacré au leader de Joy Division, on s'attendait à un film sombre et torturé. Attentes doublement contredites, et de quelle manière !  Fidèle à son travail de photographe et, dans une certaine mesure, de vidéoclipeur, Anton Corbijn a le bon goût de ne jamais se départir d'une sobriété bienvenue, appuyée par sa marque de fabrique : le noir et blanc. Plus étonnant, le film, dans sa première partie, se présente quasi comme une comédie indé. On rit beaucoup, c'est frais, léger (Bernard Sumner est un gentil empoté, Peter Hook n'aime pas le nom des Buzzcocks parce qu'il y a « bite » dedans, les membres du groupe pètent dans les loges, affalés dans des fauteuils, en attendant de monter sur scène, ce genre) et on commence tout doucement à se demander comment, dans ces conditions, Ian Curtis pourra bien finir pendu dans sa cuisine. C'est le tour de force d'un film qui n'a pas la bêtise de penser que la déprime, la noirceur, ne sont pas faites pour côtoyer la légèreté et l'insouciance. Jusque dans sa deuxième partie, plus sombre forcément, le film conserve une pointe d'humour qui surgit dans les moments les plus inattendus (comme lorsque l'hilarant manager du groupe lâche à Curtis qui vient de faire une violente crise d'épilepsie en plein concert :  « Allez, ça pourrait être pire, tu pourrais chanter avec The Fall »).

Le film, à vrai dire, commence seulement à basculer dans cette scène, subtile et magnifique, où le groupe joue Transmission sur le plateau de l'émission de Tony Wilson.  D'un coup, sans dialogues, sans effets, Curtis (ahurissant Sam Riley) n'apparaît plus seulement comme cet adolescent moyen, tantôt taiseux et renfermé, tantôt rieur et passionné. Habité, épileptique avant l'heure, il semble soudain traversé d'une béance sans fond. Toute la puissance de CONTROL réside dans ce refus obstiné de cumuler dialogues et séquences lourdes de sens, de se construire comme une lente et inexorable marche vers le suicide. Le mal être, comme dans la vie, est dans les creux, se lit entre les lignes et ne naît pas d'incroyables et incessants tourments mais de l'ennui au quotidien, de la morosité et d'échecs (amoureux notamment) somme toute communs.

Superbe hommage à Ian Curtis, CONTROL est aussi un film qui nous parle de nous, intimement, avec une rare justesse. La Klasse.