Shawn
Linden est un bon gars du Winnipeg. En soi, cela peut paraître anecdotique, mais
ça peut pourtant s'avérer révélateur d'une chose : réussir à monter un film
dans un bled canadien sans passer par le circuit habituel démontre que le
bonhomme a faim. Après avoir arpenté les plateaux de tournages en tant
qu'habilleur, il passe outre le round d'observation et se lance, d'entrée de jeu, dans l'écriture et la réalisation d'un long métrage. Le garçon sait ce qu'il veut et c'est un bon point pour lui
parce que, pour tourner par -40° en pleine nuit, il faut avoir la foi franchement
communicative. Mais quand on n'a pas la thune, il faut
savoir se montrer inventif et, parfois, pouvoir se résigner.
Notre
homme déteste le rendu des images tournées avec une caméra digitale. Il trouve
ça cheap et visuellement désastreux. Il va pourtant bien devoir se plier à
cette contrainte technique. Obsédé à l'idée que son film prenne les atours d'un
bricolage de fête des mères en pâte à sel, il accorde un soin tout particulier
à la photographie, l'éclairage et la construction de ses plans. Pas de blé,
mais des idées. Pas de quoi se payer un casting copieux forcément, ni d'empiler les lieux
de tournages. Qu'à cela ne tienne, Linden joue la carte de la répétition et
multiplie les angles d'attaque d'une même intrigue initialement pliable en
trente minutes. Contrairement à un VANTAGE POINT, le chemin n'est pas balisé.
Aucun rewind pour indiquer le retour à une charnière centrale, le temps se
comprime, se tord, se réorganise en gardant une fluidité de narration
déconcertante. Seules les redondances ponctuelles raccrochent le spectateur qui
est obligé de tâtonner à l'aveuglette pour se repérer sur une ligne du temps
qui n'a décidément plus rien de la ligne droite au dessus des tableaux d'écoles.
Avec
ses fondements coulés dans la veine du film noir pur jus, NOBODY se permet
quelques écarts dans les parages du film fantastique pour donner à cette
histoire de règlement de compte entre Bad Guys des allures surnaturelles. Lent,
patient, le récit s'installe sobrement, posant une atmosphère froide et
implacable. Difficile d'en dire plus sans risquer d'abîmer l'œuvre. Car une des
grandes qualités de ce NOBODY est de se laisser découvrir plus que de se laisser
deviner.
Au
jeu des références, si le bébé de Linden assure une certaine...
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NobodyBIFFF 2008 - Nobody est tueur à gages. Il travaille pour un parrain de la pègre, Rolo Toles, qui a fait mettre sa tête à prix parce qu'il n'a pas su lui apporter la preuve de l'exécution de son dernier contrat. Depuis, Nobody fuit, poursuivi par un mystérieux collègue qui semble connaître tous ses mouvements à l'avance...
Shawn
Linden est un bon gars du Winnipeg. En soi, cela peut paraître anecdotique, mais
ça peut pourtant s'avérer révélateur d'une chose : réussir à monter un film
dans un bled canadien sans passer par le circuit habituel démontre que le
bonhomme a faim. Après avoir arpenté les plateaux de tournages en tant
qu'habilleur, il passe outre le round d'observation et se lance, d'entrée de jeu, dans l'écriture et la réalisation d'un long métrage. Le garçon sait ce qu'il veut et c'est un bon point pour lui
parce que, pour tourner par -40° en pleine nuit, il faut avoir la foi franchement
communicative. Mais quand on n'a pas la thune, il faut
savoir se montrer inventif et, parfois, pouvoir se résigner.
Notre
homme déteste le rendu des images tournées avec une caméra digitale. Il trouve
ça cheap et visuellement désastreux. Il va pourtant bien devoir se plier à
cette contrainte technique. Obsédé à l'idée que son film prenne les atours d'un
bricolage de fête des mères en pâte à sel, il accorde un soin tout particulier
à la photographie, l'éclairage et la construction de ses plans. Pas de blé,
mais des idées. Pas de quoi se payer un casting copieux forcément, ni d'empiler les lieux
de tournages. Qu'à cela ne tienne, Linden joue la carte de la répétition et
multiplie les angles d'attaque d'une même intrigue initialement pliable en
trente minutes. Contrairement à un VANTAGE POINT, le chemin n'est pas balisé.
Aucun rewind pour indiquer le retour à une charnière centrale, le temps se
comprime, se tord, se réorganise en gardant une fluidité de narration
déconcertante. Seules les redondances ponctuelles raccrochent le spectateur qui
est obligé de tâtonner à l'aveuglette pour se repérer sur une ligne du temps
qui n'a décidément plus rien de la ligne droite au dessus des tableaux d'écoles.
Avec
ses fondements coulés dans la veine du film noir pur jus, NOBODY se permet
quelques écarts dans les parages du film fantastique pour donner à cette
histoire de règlement de compte entre Bad Guys des allures surnaturelles. Lent,
patient, le récit s'installe sobrement, posant une atmosphère froide et
implacable. Difficile d'en dire plus sans risquer d'abîmer l'œuvre. Car une des
grandes qualités de ce NOBODY est de se laisser découvrir plus que de se laisser
deviner.
Au
jeu des références, si le bébé de Linden assure une certaine singularité, il
n'en garde pas moins des airs d'un petit bâtard issu d'une culbute libertaire
imbriquant THE USUAL SUSPECT et MEMENTO sur le bas coté d'une LOST HIGHWAY. Dick Laurent is dead. La
sentence résonne et trouve un écho diffus mais lancinant. Au centre, Costas
Mandylor (SAW III & IV, BEOWULF), fusion visuelle improbable d'un Brendan
Fraser et du Klaus Kinski d'IL GRANDE SILENZIO, intériorise
avec justesse. C'est, en soi, une bonne surprise si l'on avait gardé en mémoire
sa prestation malheureuse dans la franchise charcutière du bien nommé Bousman.
Tout
en ambiance et versatile étrangeté, le premier film de Shawn Linden manque
encore tout de même de tripes, dépassant parfois difficilement la trop grande
application du style éthéré d'un réalisateur qui cherche encore à se rassurer
sur son talent. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien s'il arpente inlassablement
les couloirs des festivals, son film sous le bras, en hésitant à se lancer dans
une tentative de distribution en salle. Toutefois, le résultat obtenu, sublimé
par une réelle capacité à muer des faiblesses en qualités et ce, en dépit d'un
manque de moyens, fait de ce NOBODY un film intelligent qui, au décompte final, force
un certain respect.
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