En adaptant avec lui le roman de James McBride, Spike Lee (THE 25TH HOUR, MALCOLM X) se
lance dans les proportions d'un tournage qui dépasse tous les films qu'il a
réalisés auparavant. De fait, à l'instar d'un Clint Eastwood, Spike Lee dispose aujourd'hui de sa propre fresque épique sur la seconde guerre mondiale. Mais n'allez pas vous hasarder à lui frotter cette comparaison à la figure parce que Lee, démocrate et grand défenseur de la cause des noirs américains, a pour le coup échangé des mots fumants et imagés avec le cowboy républicain lui
reprochant principalement l'absence de soldats de couleur dans son diptyque sur
la bataille d'Iwo Jima. « A guy like him should shut his face » avait répondu Eastwood avec la diplomatie qu'on lui connaît. Spike Lee a préféré ignorer cet avis en
utilisant le langage qu'il maîtrise le mieux et sa réponse dure près de 160
minutes.
Comme attendu, MIRACLE AT ST. ANNA est, entre autre, un film
qui vient corriger une erreur dans les livres d'histoire (en ce compris l'histoire hollywoodienne pointée dans l'introduction du film).
Oui, les afro-américains ont servi leur pays aux côtés des blancs contre la menace nazie et ce sont
aussi des héros de guerre qui méritent leur morceau de drapeau étoilé. Sur ce plan, MIRACLE
AT ST. ANNA est bien le film américain qui fait son INDIGENES, mais il s'en démarque
en racontant une autre histoire. Un récit romanesque qui va au-delà du discours
moralisateur sans pour autant le réduire à une cause prétexte comme dans le
WINDTALKERS de John Woo. En réalité, même si Spike Lee invoque honorablement
les films de Roberto Rossellini (ROME VILLE OUVERTE, PAïSA, ALLEMAGNE ANNEE
ZERO) pour son approche des partigiani (les résistants italiens) ou de Vittorio
De Sica (LE VOLEUR DE BICYCLETTES) pour le rôle réservé à l'enfant (le jeune
Matteo Sciabordi), le public ne peut s'empêcher d'admettre que son œuvre est
surtout très proche de la vision de Clint Eastwood. Celle là même dont il prétend vouloir se démarquer. Pourquoi s'en étonner ? Eastwood et Lee ne sont pas si éloignés qu'ils
le voudraient. Ces deux grands réalisateurs américains désormais touches à tout
peuvent faire des merveilles lorsqu'il s'agit de susciter l'émotion, mais la recette
ne prend pas à tous les coups. C'est un peu comme ces excellents groupes qui ne
sont pas faits pour les stades. C'est parfois...
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Miracle at St AnnaMIRACLE A SANTA-ANNA - Au milieu des années 80, un meurtre commis à New York fait ressurgir une histoire remontant à la seconde guerre mondiale alors qu'un groupe de rescapés afro-américains du peloton Buffalo recueille un jeune garçon et aide les partisans à repousser l'envahisseur nazi dans un petit village des montagnes toscanes...
Do the black thing
En adaptant avec lui le roman de James McBride, Spike Lee (THE 25TH HOUR, MALCOLM X) se
lance dans les proportions d'un tournage qui dépasse tous les films qu'il a
réalisés auparavant. De fait, à l'instar d'un Clint Eastwood, Spike Lee dispose aujourd'hui de sa propre fresque épique sur la seconde guerre mondiale. Mais n'allez pas vous hasarder à lui frotter cette comparaison à la figure parce que Lee, démocrate et grand défenseur de la cause des noirs américains, a pour le coup échangé des mots fumants et imagés avec le cowboy républicain lui
reprochant principalement l'absence de soldats de couleur dans son diptyque sur
la bataille d'Iwo Jima. « A guy like him should shut his face » avait répondu Eastwood avec la diplomatie qu'on lui connaît. Spike Lee a préféré ignorer cet avis en
utilisant le langage qu'il maîtrise le mieux et sa réponse dure près de 160
minutes.
Comme attendu, MIRACLE AT ST. ANNA est, entre autre, un film
qui vient corriger une erreur dans les livres d'histoire (en ce compris l'histoire hollywoodienne pointée dans l'introduction du film).
Oui, les afro-américains ont servi leur pays aux côtés des blancs contre la menace nazie et ce sont
aussi des héros de guerre qui méritent leur morceau de drapeau étoilé. Sur ce plan, MIRACLE
AT ST. ANNA est bien le film américain qui fait son INDIGENES, mais il s'en démarque
en racontant une autre histoire. Un récit romanesque qui va au-delà du discours
moralisateur sans pour autant le réduire à une cause prétexte comme dans le
WINDTALKERS de John Woo. En réalité, même si Spike Lee invoque honorablement
les films de Roberto Rossellini (ROME VILLE OUVERTE, PAïSA, ALLEMAGNE ANNEE
ZERO) pour son approche des partigiani (les résistants italiens) ou de Vittorio
De Sica (LE VOLEUR DE BICYCLETTES) pour le rôle réservé à l'enfant (le jeune
Matteo Sciabordi), le public ne peut s'empêcher d'admettre que son œuvre est
surtout très proche de la vision de Clint Eastwood. Celle là même dont il prétend vouloir se démarquer. Pourquoi s'en étonner ? Eastwood et Lee ne sont pas si éloignés qu'ils
le voudraient. Ces deux grands réalisateurs américains désormais touches à tout
peuvent faire des merveilles lorsqu'il s'agit de susciter l'émotion, mais la recette
ne prend pas à tous les coups. C'est un peu comme ces excellents groupes qui ne
sont pas faits pour les stades. C'est parfois simplement trop gros pour demeurer approprié à un style qui s'est formé ailleurs.
L'histoire de MIRACLE AT ST. ANNA est pourtant un récit rythmé et
dramatiquement emballant qui ne pouvait décemment pas être raconté en moins de
temps. Spike Lee prouve, une fois encore, qu'il est un formidable directeur d'acteurs.
Son casting international a réellement le chic de l'authenticité. L'usage de la
langue d'origine y va également de son cachet. Malheureusement, le film perd
des points du côté de la technique pure de mise en scène. Il y a des moments
forts renforcés par un montage souvent efficace (le massacre de Santa Anna, le
demi tour de la Jeep chez Herb's, l'assaut final,...) mais il y a aussi des
scènes qui clochent (toute la séquence autour de la chute de la tasse de café
au ralenti, l'épilogue trop maniéré, la présentation du fantôme d'Arturo, ...) ou
des choix narratifs qui peuvent déranger (les 4 passagers à bord de la Jeep du
flashback se retrouvent, comme par enchantement, être les 4 seuls survivants du
peloton Buffalo qui traversent la rivière) voire agacer comme c'est
le cas pour la partition ultra lyrique de Terrence Blanchard. Insistante, la
musique symphonique souligne chaque image, chaque action, chaque pause à la manière d'un opéra. Sur la longueur, c'est lourd pour les tympans
et quelques silences n'auraient pas fait de mal au réalisme des situations les
plus dramatiques.
Il n'en demeure que dans l'ensemble, MIRACLE AT ST. ANNA nous raconte néanmoins une belle histoire sans trop insister sur les scènes pro black ou les passages
Calimero qui n'occupent heureusement pas tout le film. On aurait aimé une fin
formellement plus inspirée et un peu moins de fautes de style, mais c'est aussi
l'apanage des grands auteurs que de susciter plus d'exigences que le premier nègre
venu.
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